« Le but de la vie est l’homme, le
but de l’homme est le style. » Theo van Doesburg, 1918
«
L’espace n’est pas seulement là pour les yeux, ce
n’est pas un tableau : on veut vivre dedans. »
El Lissitzky, 1923
Les résonances de l'avant-garde néerlandaise du 21 siècle.
Au début des années 2000, quelque cent ans après
l’émergence de la modernité occidentale, s’affirme
un désir renouvelé de la part des artistes de mettre
en jeu une série de formes et de notions propres
aux avant-gardes dites historiques. Les expériences du Bauhaus,
des Constructivistes ou de De Stijl
constituent des modèles tant esthétiques que politiques.
A partir de ceux-ci se construit un rapportà l’histoire différent, se pose la question d’un héritage
formel et d’un projet de société communs et, de
ce
fait, celle du statut de l’art et de l’artiste
Ultramoderne est né du désir d’imaginer un lieu,
d’imaginer l’exposition comme une forme dont tous les
paramètres peuvent être remis en jeu. Une règle,
proposée à chaque participant, les invite à prendre
en
charge l’un des aspects du projet. Définies au préalable,
les différentes fonctions de l’espace donnent
alors lieu à un programme, comparable à un programme
architectural. Autour d’une série de fonctions
générales sont déclinées différentes
modalités d’interventions pouvant répondre à l’ensemble
des
besoins. « Se réunir », « mettre en forme», « archiver », « communiquer », « sélectionner » représentent
autant de possibilités d’inventer, d’opposer ou
de substituer une série d’éléments qui définissent
la
forme du projet. Chacune des fonctions en implique de nombreuses autres
qui ne peuvent se concevoir
qu’en étroite relation les unes avec les autres. Ces multiples
propositions à l’intérieur du projet
composent alors le paysage de l’exposition, et ne permettent
pour autant pas de présager, à l’avance, de
sa forme finale.
L’exposition propose un ensemble de formes dont tous les détails
sont négociés, des manières de
construire, d’exposer ou de communiquer. L’exposition présente
alors les signes produits par une
communauté temporaire, invitée à réinventer
son cadre global d’apparition réel ou supposé.
Elle est un
lieu, à la fois physique et mental : l’exposition est
bel et bien située, mais elle apparaît également
dans
l’espace public au-delà du lieu.
Elle interroge évidemment une série de modèles
historiques. Son objet consiste en le fait d’en
expérimenter les principes dans un autre contexte, et d’en
révéler les potentialités, comme les limites.
En s’appuyant sur le travail d’artistes actifs dans différents
pays, l’exposition propose à une série de
créateurs de tous horizons de mettre en jeu les référents
qu’ils manipulent : la notion d’usage et de
fonction des oeuvres, l’utilisation d’un répertoire
de formes liées aux premières abstractions, l’idée
de
communauté et de mémoire commune, comme de façons
d’habiter. La modernité, socle commun à de
multiples pratiques, révèle dans le même temps
des différences historiques, culturelles et politiques,
dès lors que l’on envisage son histoire à l’échelle
globale.
Le projet se fonde donc sur des pratiques et des référents
partagés, articulés autour d’un projet
commun. Pour autant, il ne nous apparaît impossible d’aspirer
aujourd’hui à « un moyen de création
objectif et universel » (Van Doesburg, Conférence au Congrès
des Artistes Progressistes, Düsseldorf,
1922). Il s’agit plutôt de nous travailler aux marges de
ces utopies, pour expérimenter un autre mode de
production, d’exposition, et de relation entre l’oeuvre
d’art, le lieu, et son public. Aux standards du lieu
d’exposition se substituent d’autres standards possibles, à la
standardisation des espaces sont opposées
des structures partagées, pouvant devenir à leur manière
de nouveaux standards : oeuvres, objets,
images, nouveaux ou existants, reformulés ou activés
dans ce contexte choisi, proposent au spectateur
un exercice de lecture à différents niveaux. Il est ainsi
invité à découvrir un lieu et des oeuvres au statut
ambigu, entre exposition et décor, architecture et pavillon
d’une exposition universelle, et à éprouver
des formes à la valeur d’usage indéterminée.
Le café de l’Aubette, à Strasbourg, apparaît
parmi d’autres comme un modèle possible. Entre 1926 et
1928, l’Aubette était un vaste complexe de loisirs dont
les décors avaient été imaginés par trois
artistes
centre d’art passerelle / brest / dossier de presse / ultramoderne
/ exposition collective / 29 février – 26 avril 2008
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de l’époque : le couple Hans et Sophie Taeuber Arp et
Théo van Doesburg. Les oeuvres des artistes
constituaient le décor même du bâtiment qui s’étendait
sur quatre étages : dans les salles de danse, le
cinébal, la brasserie,
les cafés, les salons de thé, le foyer-bar et la salle
de billard. Mais l’Aubette, qui devait être le manifeste
de De Stijl et l’application la plus aboutie des théories
de Van Doesbourg, n’a finalement jamais eu le
succès escompté. C’est alors la notion de projet,
mais aussi d’échec qui nous intéresse. L’exposition,
entre
idéal et ruine modernes, apparaît comme en perpétuelle
construction ou déconstruction, rénovation et
entropie. Le projet met en balance une forme de manifeste à rebours,
ne d’un désir nécessaire de
réinvention permanente, et un regard paradoxal sur le passé,
conjugué au futur, au travers de la mise en
scène d’un espace potentiel.
Un catalogue bilingue (français/anglais), 120 pages, A4, monochrome,
réalisé avec le soutien de Multiplan
Group, ainsi qu’un album de l’exposition prenant la forme
d’un poster couleur, 60 x 40 cm, seront publiésà
l’occasion de Ultramoderne (coédition it: / art contemporain.lu
/ Centre d’art Passerelle).
commissaires de l´exposition / curators : Tiphanie Blanc, Yann
Chateigné
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