Alain Sicard s’est construit essentiellement
dans les musées et les livres d’art. Son travail est
profondément marqué par ces fréquentations régulières.
En puisant largement dans les reproductions de catalogues, les cartes
postales, les revues d’art, il s’approprie l’iconographie
muséographique, qui redevient matière première
de sa peinture ; il croise par ce biais de multiples styles et écoles,
qu’il réinvestit et pervertit tout à tour.
"Ma peinture [est] comme une généalogie désorganisée
de l’histoire de l’art, je ne démarre rien, je
ne fais que recevoir."
Alain Sicard travaille toujours sur du papier, -papier
couché-,
support qui le relie à l’image photographique. Il utilise
de la peinture à l’huile, très liquide, qui recouvre
ce papier d’une pellicule mince et lisse. La couleur, parfois
monochrome, à l’instar des gravures anciennes, peut
aussi muer dans des gammes délibérément nauséeuses,
en dépit du blanc du papier, -celui des fonds, celui des marges-.
Les formats, contrastés, s’intègrent à des
familles distinctes, qui portent des titres génériques.
La conjonction de ces moyens permet d’énoncer sous une
forme essentielle et banale un état de la peinture à un
moment donné : Alain Sicard pose sur le papier des « aphorismes
picturaux ».
" Faire revenir la mémoire de l’histoire de l’art à la
main, la tirer physiquement de cette fange de boue picturale ; cette
mémoire extirpée du papier posé à plat
sur la table de travail. "
Alain Sicard questionne le rapport qui lie l’original à sa
reproduction, à l’imagerie de l’histoire de l’art
qui hante nos mémoires collectives et individuelles, avec
les déformations, les interactions, les confusions qui en
résultent.
" J’aime quand le malaise s’insinue dans mon travail,
la sensation de malaise à la vue de mes peintures, l’idée
que l’on hésite entre leur acceptation ou leur rejet
, le trouble qui naît de la confusion avec leurs référents."
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