L'exposition
Les Inquiets présente les
oeuvres de cinq artistes qui ont en commun un sentiment d'implication
personnelle face aux questions liées à la guerre au
Moyen-Orient. Ils sont représentatifs d'une génération
de jeunes artistes capables de traduire l'oppression du conflit à l'aide
d'un langage alternatif, en analysant ses causes et ses origines,
dans une réflexion sur les méthodes de sa représentation.
Toutes les généralisations et les tentatives de relier
les partis opposés dans le conflit du Moyen-Orient manquant
de légitimité, une appréhension subjective semble
la plus à même de relever le défi de cette représentation.
De cette situation découle le titre de l'exposition, celui
d'un roman de l'écrivain israélien d'origine polonaise
Leo Lipski, Niespokojni (Les Inquiets), dans lequel l'auteur décrit
la situation d'artistes qui, grâce à leur hypersensibilité ont
pressenti, à la veille de la seconde guerre mondiale, l'horreur
imminente.
Des artistes, de longue
date, se sont essayés à représenter
le conflit du Moyen-Orient. Une des tentatives les plus importantes
est le film Ici et Ailleurs de Jean-Luc Godard, datant de 1974. La
division et l'interdépendance entre les participants directs
et les spectateurs passifs de la guerre, assis devant leur poste
de télévision, est clairement démontrée
dans cette oeuvre. Il semblerait que les hiérarchies au sein
de l'histoire de l'art évoluent, que les arts visuels élargissent
leurs centres d'intérêt vers l'exploration de nouveaux
territoires offrant ainsi la possibilité de réviser
nos positions sur cette guerre.
Yael Bartana (née en 1970) montre une pièce de 2004,
Low Relief : une quadruple projection vidéo en longueur formant
un bas-relief d'images mobiles. Ces images trafiquées digitalement
donnent l'impression que les personnages appartiennent à une
formation militaire. Le spectateur est invité à observer
cette démonstration militaire mais on ne peut dire s'il s'agit
d'un discours pour la paix, pour l'environnement ou pour autre chose
encore. Cette oeuvre peut être interprétée comme
une métaphore de la vie en Israël où il est difficile
d'éviter les références politiques et la réalité militaire.
Dans son installation
Casting (2007), Omer Fast (né en 1972) étudie
l'impact du spectacle télévisé de la guerre.
Casting fictif ou réel pour un documentaire, Fast mène
des entretiens avec des soldats américains ayant participé aux
opérations en Irak. Les visages de l'artiste et du participant
sont en permanence à l'écran. Nous ne saurons jamais
si les différents intervenants évoquent des événements
réels ou si nous sommes dans le domaine de la fiction.
Rabih Mroué (né en 1967) propose une vidéo
Three Posters (2003) dans laquelle il questionne la possibilité de
représenter un événement aussi dramatique que
le suicide d'un martyr. À partir de bandes vidéo trouvées
dans les années 80 au sein des bureaux du Parti Communiste
Libanais, Mroué reconstitue le témoignage d'un martyr.
Le visionnage de cette reconstitution entraine de nombreuses questions à propos
de la transformation graduelle de l'idéologie sous-jacente
des combattants d'abord de gauche puis Islamistes, à propos
des politiques qui envoient les martyrs à la mort et enfin, à propos
de l'influence de tout cela sur la vie d'un artiste et sa capacité à le
représenter.
Ahlam Shibli (née en 1970) présente une série
de photographies récentes prises dans le village d'Al-Shibli.
Capturant tous les détails topographiques, les vestiges historiques
et les détails caractéristiques du quotidien de son
village natal, Shibli tente de reconstituer l'impact de l'histoire
sur notre présent. La plupart des habitants se sont enfuis
durant la guerre de 1948, ils ont tout quitté pour une vie
d'insécurité, incertains de leur nouveau rôle
et de leur futur. Les photographies d'Ahlam Shibli n'évoquent
pas tant la violence que la faiblesse et la complexité des
relations humaines.
Akram Zaatari (né en 1966) a conçu un film pour l'exposition.
Il a filmé un long plan séquence durant lequel un vieux
résistant libanais se trouve de nouveau face à son
uniforme qu'il prend lentement en mains, nettoie méticuleusement
et essaie. En se réappropriant son uniforme l'homme reprend
son identité de soldat. Le travail d'Akram Zaatari aborde
la question fondamentale de ce qui fait l'histoire et comment les
différentes vérités sont divulguées et
déguisées à travers la production et la circulation
d'images. Dans ce sens, Zaatari reflète les différentes
représentations de la guerre, soulignant les dimensions émotionnelles
et esthétiques, cherchant une place dans la société comme
une personne hypersensible.
Commissaires
/ organisateurs:
Mnam/Cci - Joanna Mytkowska
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