Wolf Vostell occupe, aux côtés de
Nam June Paik, la place prééminente de ceux qui ont
ouvert l’art à la prise en compte de l’image télévisuelle,
annonçant un pan entier de l’art contemporain et son
ouverture à la vidéo. Mais Vostell est aussi peintre.
Chez Goya, Picasso, Titien dont il ne dédaigne pas d’étudier
la grande peinture d’histoire, il saisit, non pas la tradition
mais ce qu’il y a d’engagé, de propre à réagir à l’événement.
C’est d’ailleurs à la une du Figaro du 6 septembre
1954 relatant un accident d’avion qu’il découvre
le concept de dé-coll/age qui gouverne tout son travail.
Vostell a vécu enfant la Seconde Guerre mondiale et traversé l’Allemagne
détruite par les bombardements. La guerre froide, la société de
consommation, la guerre du Vietnam, la Chute du mur de Berlin mais
aussi la chape de plomb de l’Espagne franquiste sont les faits
historiques qui traversent son œuvre.
Vostell
laisse l’image de la profusion – profusion des
techniques, des éléments, des événements
: l’acrylique, les affiches, l’image télévisuelle,
le béton, le plomb, les voitures, avions, locomotives, animaux
vivants, font de l’art de Vostell un art hors normes. Pour
qui s’arrête à la seule apparence des choses,
on trouve, chez Vostell comme chez d’autres, les affiches lacérées
(1961-62), les effaçages (1961), les incisions dans la toile,
la télévision (à partir de 1958), le transfert
de photographies de presse sur toiles émulsionnées,
l’acrylique, la vidéo, les installations, les happenings.
Vostell est de son temps.
Mais
chez Vostell, membre fondateur de Fluxus, tout communique, aucune
forme n’exclut l’autre. Nourri du collage cubiste,
de dada, de son intérêt pour la typographie, des premières
recherches de la musique électronique, Vostell ne se contente
pas d’emprunts au réel qui projettent une interrogation
sur la nature de l’œuvre d’art, il élabore
une œuvre en action, qui capte l’énergie même
de la vie. Vostell a souvent dit qu’il n’évoquait
pas dans ses œuvres ce qui lui plaisait. Il en appelle au devoir
de conscience par rapport au chaos et aux destructions qui traversent
le XXe siècle et incite le public à partager sa réflexion
dans la collision des choses et des actes.
L’exposition présentera une cinquantaine d’œuvres
datées de 1958 à 1997.
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