Dividencke
prolonge une série de recherches
développées par Nicolas Moulin autour de la résurgence
des utopies spatiales. "Le post-modernisme a voulu renoncer à l’idée
des lendemains meilleurs pour se limiter à puiser des exemples
dans le passé lui permettant de construire un présente "potable".
Pour moi, aujourd’hui, c’est le post-modernisme qui a
pris fin. Je m’intéresse à des projets qui cherchent à réhabiliter
le concept de "futur", et je tente de définir un
nouveau vocabulaire visuel pour évoquer ce paysage".
Le projet Dividencke
(1) a été imaginé à l’issue
de la découverte par l’artiste d’une collection
d’images de la NASA : la mission spatiale Cassini-Huygens en
direction de la planète Saturne. Il a été frappé par
l’écart entre le caractère ultra-hightech de
cette exploration et le rendu très "basse définition" des
images produites : des formes abstraites en noir et blanc, rappelant
les recherches photographiques des avant-gardes des années
20, de Man Ray à Moholy-Nagy. Une époque où,
précisément, l’"utopie" était
envisagée comme la possibilité de réfléchir
sur le réel en échafaudant des futurs possibles.
Nicolas Moulin
s’interroge alors sur les possibilités
d’activer aujourd’hui une esthétique "futuriste".
Pour cela, il s’éloigne radicalement de l’imagerie
souvent employée à ce sujet, le "kitsch" pop
de la fin du vingtième siècle qui mélangeait
des documents de la conquête lunaire américaine et le
design techno moderniste des années 70.
Son installation
fonctionne ainsi sur deux mouvements contradictoires : entre la
temporalité en suspension, presque gazeuse, d’une
vidéo réalisée en dialogue avec Philippe Cuxac,
et un dispositif de néons modifiés qui dessinent une
tempête électromagnétique, un paysage épileptique.
Minimale, non chromique, à la fois abstraite et hyper réaliste,
cette installation puise dans les recherches formelles du constructivisme
russe, du cinéma de Fritz Lang, du Bauhaus ou de l’art
minimal.
(1) Le titre
de l’exposition a été construit à partir
du terme "division d’encke" désignant une
aire de séparation située dans l’anneau de saturne
composée de trois annelets.
Nicolas Moulin,
né en 1970, vit et travaille à Berlin.
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