Alexander Chizhevsky, scientifique
russe de la première moitié du XXe siècle, est connu pour
ses recherches sur l’influence de l’ionisation de l’air
sur les êtres vivants et pour sa théorie d’une
corrélation entre l’activité solaire et l’activité humaine – notamment
les événements historiques tels que guerres ou révolutions.
Avec son installation Chizhevsky Lessons, Micol Assaël rend
hommage à ce scientifique en avance sur son temps et qui passa
de nombreuses années au goulag. L’ensemble, constitué d’une
vingtaine de panneaux de cuivre, d’un transformateur, d’un
générateur et d’un système de câblage,
transforme les particules d’air en anions, créant ainsi
une charge électrostatique dans l’espace. Micol Assaël
sort le spectateur de sa passivité et le confronte à l’immatériel.
Ici, pas de contemplation mais une exacerbation des sensations, une
expérimentation intense de son propre corps, de son rapport à l’espace
et à l’autre.
Chizhevsky Lessons est une œuvre qui a pour particularité de
ne rien donner à voir. Lors de son arrivée, le visiteur
se trouve tout d’abord face à un panneau l’avertissant
du danger. Une fois dans l’espace d’exposition, il peut
ressentir, voire même entendre, la puissance électrique
de plusieurs dizaines de milliers de volts. L’artiste a porté ce
projet pendant cinq ans avant de pouvoir le réaliser avec
les ingénieurs russes du Moscow Power Institute, Faculty of
Technics and Electrophysics of High Pressure, les seuls à avoir
accepté de le développer. Après une première
exposition à la Kunsthalle Basel (Bâle, Suisse) en 2007
et la présentation actuelle au Palais de Tokyo, Chizhevsky
Lessons connaît en 2009 un nouveau développement, à la
Kunsthalle Fridericianum (Kassel, Allemagne).
Micol Assaël, née en 1979 à Rome où elle
réside aujourd’hui, a su en quelques années se
faire une place originale au sein du monde de l’art : présentée
dans des expositions internationales telles que la biennale de Venise
(2003 et 2005), Manifesta (Saint-Sébastien, Espagne, 2004)
ou encore la biennale de Berlin (2006), ses propositions, aussi radicales
que poétiques, placent le spectateur en position de danger,
réel ou supposé.
Entre sciences physiques et mécanique, ses recherches se
tournent vers des théories scientifiques obsolètes,
des machines oubliées, afin de leur redonner une nouvelle
existence en relation avec le public. Ce dernier, bien que toujours
prévenu de ce qui l’attend, est pris à partie
au moment de pénétrer dans les univers mystérieux
de l’artiste : accueilli par un champ électrostatique
d’une grande puissance, des moteurs abandonnés, une
odeur d’essence ou un sol aimanté…
Le visiteur perd ses repères et doit s’impliquer – tant
physiquement que psychologiquement – tandis qu’un rapport
de force avec l’espace d’exposition se crée. Formellement
simples et élégantes, les œuvres de Micol Assaël
détournent les règles pour mieux les dépasser.
Jouant avec l’architecture des lieux qui l’accueillent,
modifiant ou créant des espaces, l’artiste impose entre
ses œuvres et les spectateurs une rencontre à la fois
menaçante et expérimentale. |