Ilya
Kabakov est né le 30 septembre 1933, en Ukraine, à Dniepropetrovsk.
À
partir des années cinquante, Kabakov mène à Moscou
une carrière d’illustrateur, réalisant plus de
150 livres
pour enfants. Parallèlement, il se consacre à des travaux
personnels, albums, tableaux, peintures murales qui
tournent en dérision les poncifs de la culture officielle. Il
recueille ses différents matériaux dans son entourage
immédiat avec la volonté, douce et grinçante,
de montrer la médiocrité du monde soviétique dans
lequel il vit.
Dans les années 60, Kabakov est une personnalité importante
de l’avant-garde moscovite. Puis, au début des
années 80 ses premières installations parfois monumentales
le font connaître en Occident, notamment,à Berne, Marseille, Paris, New York où il s’installe en
1992.
52 entretiens dans la cuisine communautaire
Cette installation a été présentée pour
la première fois en 1991 aux Ateliers Municipaux d'Artistes
de la ville de
Marseille et à La Criée, halle d'art contemporain à Rennes
en 1992 et n’a pas été montrée dans sa totalité depuis cette date. Kabakov décrivait
ainsi son installation dans le catalogue que lui consacrait en 1995
le centre
Georges Pompidou :
«
L’installation a été élaborée à partir
de cinquante-deux photos réalisées dans mon atelier à Moscou
par Georgui
Kiesewalter. Ce sont des photos en noir et blanc qui ont été prises
sans éclairage particulier, de cinquante-deux
tableaux et objets. Certains sont photographiés à leur
place habituelle, d’autres ont été tirés
de leur coin et
amenés vers la lumière, et je les tiens pour qu’ils
ne tombent pas pendant la prise de vue.
Un jour, alors que j’étais déjà loin de
chez moi (c’était mon premier séjour en Occident,
je logeais chez mon vieil
ami Yuri Kuper, à Paris), je passai en revue cette série
de photos, et, subitement les souvenirs m’envahirent. Ils
avaient trait non pas aux tableaux mais à ce qui figurait dans
le champ à côté d’eux : la pénombre
et la saleté de
l’atelier, les caisses le long des murs, le vieux plancher et
le plafond sombre, non crépi… Avec Yuri, nous
décidâmes d’enregistrer cinquante-deux entretiens
(un par photo) dans lequel nous parlerions de l’univers où nous baignions tous, de l’atmosphère
de notre vie moscovite. Chaque soir, nous nous installions devant le
magnétophone : je posais une photo sur la table et nous évoquions
ce que les thèmes représentés sur le tableau
nous rappelaient de notre passé, les associations d’idées
qu’ils provoquaient.
L’installation composée de ces entretiens et de ces photos
se présentait ainsi :
J’avais commandé cinquante-deux caisses qui, posés
verticalement, constituaient des vitrines rappelant de loin
des petits autels. Dans leur partie supérieure, dans une niche
peu profonde, je mis une photo, que j’éclairai avec
une ampoule de faible puissance. Devant cette niche se trouvait un
présentoir incliné, une sorte de lutrin, sur
lequel était posé le texte de l’entretien (deux
ou trois feuilles) qui se rapportait à la photo. Dans les grands
locaux
ouverts qui avaient été mis à ma disposition à Marseille
et à Rennes, ces « vitrines-autels » étaient
disposées
tout le long des quatre murs. Régulièrement espacées,
elles formaient un cercle fermé. Au milieu de ce cercle, au
centre de la salle, je plaçai une longue table avec quelques
exemplaires du catalogue qui accompagnait
l’installation. On se retrouvait donc dans la salle de lecture
d’une bibliothèque – une bibliothèque où l’on
se remémore son passé. La lumière était éteinte
et le spectateur pouvait déambuler dans cet univers de souvenirs,
passer les autels éclairés pour lire les textes et regarder à l’intérieur,
ou s’installer devant la table pour feuilleter
ces mêmes textes assemblés en un livre, à la lumière
de trois ampoules suspendues au plafond. Il se trouvait de
toute manière au centre d’un espace éclairé par
de nombreuses fenêtres. » 1Dans
ses tableaux, Kabakov reprend les formes caractéristiques
de l’écriture utilisée par l’administration
soviétique partout présente dans les lieux publics
pour expliquer, indiquer ou interdire. La force de l’artiste
est
de transcender le caractère anecdotique des mille faits, gestes
et matériaux qu’il repère. Ce regard critique
sur
la société soviétique redonne à l’ambiance
de l’époque son humanité et sa charge poétique
Mais dans cette
sorte d’habile rétrospective ce qui compte pour lui
n’est pas seulement l’histoire que raconte le tableau,
mais
aussi l’histoire qui est liée au tableau. La narration,
le commentaire, la mise en scène, la circulation du
spectateur dans l’oeoeoeoeuvre produisent une relation qui
oscille entre empathie et distanciation.
Une Collaboration Frac Bretagne et Imagerie de Lannion
Cette exposition est réalisée en collaboration avec
l’Imagerie de Lannion. Les deux lieux accueillent pendant la
même période des oeuvres du Frac Bretagne. Les trois
institutions mobilisent les compétences de leurs services
de médiation et les personnels de l’Éducation
Nationale, la conseillère pédagogique et les professeurs
relais qui
accompagnent tout au long de l’année les projets d’expositions
de l’imagerie et de la galerie du Dourven.
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