Carlo Guarienti est né à Trévise
en 1923, dans une famille originaire de Vérone. Son enfance
et son adolescence se déroulent entre ces deux villes qui
le fascinent par les richesses de leurs monuments. Il commence des études
de médecine qu’il abandonne en 1949 pour se consacrer
exclusivement à la peinture. Ces études lui auront
pourtant apporté une connaissance de la morphologie, de la
biologie et des anomalies que l’on retrouvera plus tard dans
son œuvre. En 1949 il voyage en Espagne où il découvre
au Prado la diversité de l’univers européen de
la peinture. Dès ses débuts il est encouragé par
Giovanni Comisso qui rapporte, dans une étude consacrée à l’artiste,
l’entrevue étonnante entre le jeune peintre et Giorgio
de Chirico stupéfait par son savoir. En témoigne un
petit autoportrait de 1949 qui révèle à la fois
sa connaissance de la peinture ancienne et l’influence de Chirico.
Après la guerre de 1939-1945 et malgré la vogue de
l’art abstrait, il reste fidèle à la tradition
et assume sa filiation avec la peinture métaphysique née
en Italie. A partir de 1953, il se rend souvent à Paris où la
galerie Weill lui consacre une exposition. Il rencontre Filippo de
Pisis, fait la connaissance de Audiberti, Pierre Klossowski, Andrée
Chedid. 1956 est une année de transition : il s’installe à Rome
et peint Naissance d’une nature morte qui ouvre une nouvelle
manière. La même année, la galleria del Sagittario à Rome
et la galleria del Cavallino à Venise lui consacrent une exposition
personnelle. Son travail a évolué : sa fascination
pour les fresques anciennes lui fait reproduire sur le fond de ses
tableaux les altérations produites par le temps et ses sujets
deviennent plus intimistes dans les natures mortes et les portraits.
Il expérimente une nouvelle technique visionnaire qualifiée
de surréaliste en Italie comme en France. Ecrivains et poètes
(Dino Buzzati, Giuseppe Ungaretti, André Pieyre de Mandiargues…)
sont les premiers à réagir. Les expositions monographiques
se succèdent : à Milan, galleria del Naviglio ; à Rome,
galleria Toninelli ; à Bologne, galleria Forni ; à Venise,
galleria Contini ; à Vérone, Palazzo Forti ; à Gênes,
Palazzo Ducale… ; à Paris, galerie Zerbib, galerie de
Seine, galerie Albert Loeb, galerie Di Meo ; au Musée des
Beaux-Arts de Caen… ; à Genève, galerie Jan Krugier
; à Neuchâtel, galerie Ditesheim… Dans les années
soixante-dix Guarienti expérimente une autre technique introduisant
le relief dans ses toiles représentant des humains ou des
animaux auxquels il fait subir des malformations inspirées
de ses études de médecine. Chaque changement de procédé entraîne
un changement d’expression picturale, car pour Guarienti, ce
sont les matériaux utilisés qui provoquent les sujets.
Depuis les années quatre-vingt-dix, revenant à la manière
classique dans la représentation d’architectures inhabitées,
de paysages désolés, de natures mortes d’objets
ou de fruits évoquant les fresques de Pompéi, il poursuit
en visionnaire son travail de décodeur du passé, toute
son œuvre résonnant de l’humble éternité des
objets et des paysages.
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