Valérie BELIN
Jeff KOONS
David MACH
McDERMOTT & McGOUGH
PIERRE ET GILLES
Bettina RHEIMS
Benjamin SABATIER
Le « Pop Art », courant pictural majeur né en
Angleterre dans les années 50 et qui a explosé ensuite
aux Etats-Unis, en particulier à New York, a marqué plusieurs
générations d’artistes en consacrant le retour
spectaculaire de la figuration, face à l’expressionnisme
abstrait alors dominant, et en réintroduisant l’objet
dans l’œuvre, selon un esprit néo-dada. Art populaire, éphémère,
consommable, peu coûteux, produit en série, jeune, spirituel,
sexy, séduisant, tel que le définissait Andy Warhol,
il consacre des sujets empruntés directement à la culture
populaire et véhiculés par la bande dessinée,
la publicité, les magazines, le cinéma, la télévision…
En créant ainsi des « images d’images »,
le Pop Art mit en évidence l’emprise des moyens de communication
sur l’imaginaire collectif et les liens entre art, publicité,
mode et argent. Parallèlement, il offrit une nouvelle liberté aux
artistes, qui explorèrent de nouveaux moyens techniques et
plastiques issus de l’univers de la pub et des media, avec
des reports photographiques et sérigraphiques, des couleurs
clinquantes, une peinture lisse aux contours nets, des modifications
d’échelle et des répétitions sérielles
d’images.
A l’aube du XXIe siècle, l’influence du Pop Art
est universelle et multiple, s’exprimant par son héritage
tant intellectuel, lié à des notions de consommation
de masse et d’impact de l’image, que plastique, avec
une iconographie très identifiable, qui valorise de manière égale
des objets dérisoires de notre quotidien, des personnalités
du monde du spectacle et des faits divers…
Jeff Koons est le « fils spirituel » de ce mouvement,
qu’il décrypte au travers d’une attitude « post-duchampienne »,
qui refuse tout tabou entre beaux-arts et culture populaire, basant
ses œuvres sur des objets familiers et une imagerie ludique.
Les Monkey Train (2007) qui seront exposées pour la première
fois sont de nouvelles lithographies à 40 exemplaires créées
avec l’imagerie de la série Popeye.
McDermott & McGough, dans leur démarche atemporelle,
se réapproprient les codes esthétiques et picturaux
d’une époque pour nous y replonger. Dans leurs dernières
peintures, ils juxtaposent photographies noir & blanc, bandes
dessinées colorées et écrans de TV factices
pour dénoncer à leur manière les travers et
malheurs que cachait l’univers lisse et glacé de l’American
way of life tel que dépeint par les publicités et les
magazines américains des années 60.
Né en 1956 en Ecosse, David Mach est lui aussi un digne héritier
du « Pop Art », mais dans une appréhension plus
britannique qu’américaine. Sa démarche initiale
est effectivement de dénoncer la sur-production dans notre économie
contemporaine en utilisant des surplus d’objets de notre quotidien
pour réaliser ses sculptures ; ici, ce sont des bouteilles
de Pepsi qui composent l’installation So long and thanks for
all the fishes (1985). Aujourd’hui, ce sont les figures iconiques
de notre société contemporaine qui sont les sujets
de ses têtes en allumettes : Lénine, Elvis, Barbie...
Sa palette très vive et contrastée ajoute à l’aspect « décalé » de
ses œuvres, comme leur titre chargé d’humour ;
on se trouve là au sein d’une culture pop mêlée à la
légendaire excentricité britannique !
Plus jeune que tous ces artistes, Benjamin Sabatier
a créé une œuvre
toute entière axée sur la transposition dans l’art
des systèmes économiques actuels de consommation, production
et distribution. Aujourd’hui, après les Peintures en
kit composées de punaises, les Bacs faits de bacs à glaçons
emplis de papier magazine froissé, dans le même esprit
des Colonnes en bois et catalogues de vente par correspondance, il
nous livre ses dernières IBK Scotch Towers (2008), des totems
multicolores formés par empilement de rouleaux de ruban adhésif.
Aux côtés de ces artistes plasticiens dont les créations
peuvent ainsi naître d’une attitude pop, les photographes
nous montreront une influence issue essentiellement d’une esthétique
pop aux codes picturaux bien définis.
À leurs débuts au milieu des années 1970, c’est
précisément l’imagerie Pop qui a inspiré Pierre
et Gilles, car c’est celle de leur univers, lié au spectacle
et au monde de la nuit, à la publicité et aux magazines,
aux domaines de l’art comme de la mode. Leurs premières
créations communes, telle Ruth et les bigoudis (1982), ou
leur premier autoportrait, Perversion (1977), mettent ainsi en scène
des personnalités issues de ces univers sur des fonds très
graphiques aux couleurs vives et tranchées, sur lesquels est « apposée » l’image
du modèle, sans mise en perspective.
Outre ces œuvres historiques, La rage de vaincre (2005) nous
permettra d’appréhender cette influence du « pop » sur
une partie de leur création. Aujourd’hui celle-ci s’exprime
surtout par une symbolique pop, dans certaines œuvres uniquement,
avec une palette de couleurs toujours très vives et très
contrastées, des artifices décoratifs « glamourisants »,
et par le choix des sujets (ici, en référence au cinéma
et aux mangas, un samouraï en super-héros contemporain)
et des modèles, puisque comme chez Warhol, leur travail a
toujours mis célébrités et anonymes sur un pied
d’égalité.
Valérie Belin, dont la démarche photographique était
axée jusque récemment sur la représentation
de l’objet, a toujours choisi les sujets de ses séries,
en particulier les objets, pour leur statut photogénique,
donc à la fois pour leur empreinte lumineuse et pour leur « potentialité » picturale,
qu’elle exprime grâce à un agrandissement de l’objet
et à un cadrage très serré qui l’isole
de tout contexte. C’est le cas des robots auxquels elle consacre
une série en 1998. Quand en 2004 elle photographie des paquets
de chips, elle s’intéresse alors à l’objet
pour sa puissance d’évocation… Les packagings
choisis ont tous une valeur visuelle évidente, avec des lettrages
et une charte graphique très remarquables, précisément
très « pop ».
Chez Bettina Rheims, le Pop Art est une source d’inspiration
parmi d’autres, au même titre que l’art pré-raphaélite
ou la sculpture du XIXe… Les œuvres de la photographe
française sont toujours imprégnées d’une
influence artistique, celle d’un ou plusieurs courants ou maîtres
qui ont marqué son apprentissage de l’art. Quand elle
décide de livrer sa version contemporaine de la Bible intitulée
INRI, c’est au Pop et à ses codes colorés que
Bettina Rheims fera référence pour actualiser son sujet
; le triptyque qui sera exposé, La Tentation de Jésus,
avril 1997, Ville Evrard, en est certainement l’exemple le
plus frappant.
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