L'installation
de Jean-Marc Nicolas propose une expérience intermédiaire
supprimant toute confrontation visuelle au profit d'une notion
commune au paysage
et au lieu d'exposition
: le cheminement, le parcours
Une expérience physique
Jean-Marc Nicolas construit des volumes qui n’ont pour seule
motivation que de provoquer une expérience physique.
Ses sculptures sont des structures minimales qui définissent
un espace, dérivé de l’architecture : escaliers,
passages, couloirs… Ils sont construits selon les proportions
du corps humain et ont pour caractéristique commune d’être
des lieux exigus et contraignant pour le visiteur sans aucune fonction
véritable sinon celle de passage.
Que vient-on faire dans ce lieu ?
À
la galerie du Dourven, l’objet du travail de l’artiste
Jean-Marc Nicolas est de mettre en relation l’espace physique
du lieu (la galerie et le parc qui l’entoure) et une projection
possible de cet espace sur le mental de celui qui le parcourt. « Que
vient-on faire là : Marcher ? où ? sur le chemin ou
dans la galerie ? découvrir
quoi ? le site ou le travail de l’artiste ? contempler
quoi ? le paysage ou l’oeuvre exposée ? Comment
se passe ce côtoiement d’intérêts ?
Concurrence, annulation, osmose ? » s’interroge l’artiste.
L’installation de Jean-Marc Nicolas propose une expérience
intermédiaire supprimant toute confrontation visuelle au
profit d’une notion commune au paysage et au lieu d’exposition.
Entre architecture et sculpture
L’espace d’exposition possède, en façade
sud, deux entrées possibles. Ces dernières années,
selon la déambulation intérieure imposée par
leurs projets, les artistes ont habitué le public à rentrer
par l’un ou par l’autre de ces accès. Ici, pas
de choix ni de sens imposés, le promeneur peut s’engager
soit par la porte de droite soit par celle de gauche. Quand il
franchit le seuil, le visiteur se retrouve dans un espace dont
le volume ne correspond pas à l’idée qu’ il
pouvait en avoir de l’extérieur. Le voilà engagé dans
un long couloir qui ne lui laisse d’autre choix que d’avancer
et découvrir ce qui se trouve au bout. Le tunnel génère
naturellement la mise en mouvement du corps. Ses parois en tôle
galvanisée sont un matériau familier dans nos
campagnes. Dans cet endroit, Il joue sur le paradoxe, le contraste
et constitue un signe qui réfère à l’architecture
agricole et industrielle voire modeste. Pas de transition, les
effets sont immédiats. Le spectateur passe des grands espaces à une
situation d’enfermement, du spectacle de la nature à un
rapport frontal avec un produit dont les qualités plastiques
industrielles sont à éprouver physiquement, brillance,
réflectivité, résistance, inaltérabilité… La
mise en tension des deux espaces met en évidence le cheminement
du spectateur. Il y a un dedans et un dehors, un avant et un après.
L’espace d’exposition et l’aménagement
paysager ont pour seul point commun le déplacement du corps.
GR 34
Titre de l’exposition, GR 34 fait allusion à l’itinéraire
de grande randonnée qui borde la pointe du Dourven.
Ce sentier côtier, ancien chemin des douaniers, longe presque
toute la côte bretonne depuis le Mont -Michel jusqu'à Lorient.
Il est une lisière, trait d’union entre la terre et
la mer.
L’installation de Jean-Marc Nicolas propose un détour,
une sorte de parenthèse dans ce circuit imposé. Cet
aspect de l’installation n’est pas sans évoquer
le projet de l’artiste anglais Richard Long qui dans les
années 60 considérait sa pratique de la marche comme
une oeuvre d’art. Selon lui, les sensations et impressions éprouvées
par le corps, lors de cette activité, activent et sculptent
la pensée.
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