La chanson des suppliciés.
Juste des corps, des peintures de corps, des dessins de corps,
d'enveloppes comme peint devant des décors de cinéma,
d'une histoire de l'art mais déjà eux-mêmes
en décor en décor de synthèse. Jardin de théâtre à la
Watteau, où les corps se détachent sur des fonds
comme en découpecomme posés au ralentit sur des chariots
de travelling en mouvement sur un fond bleu
Des corps qui regardent, dans une autre direction, dans l'ouvrage
potentiel, dans la trame d'un bandeau, dans leurs mains dans des
amplificateurs de lumière, qui regarde ce que nous ne voyons
pas, une absence, un autre pan, une autre dimension
Mais elles ne sont pas dans un autre monde, elles ne sont pas dans
un ailleurs, elles sont dans notre monde, mais elles ont décidés
de rester dans le plan, de ne plus prendre de forme, de ne pas
s'incarner, de ne pas s'exposer dans la 3es dimension. Elles sont
figées parce qu'elles restent dans l'instant de l'image.
Elles se tiennent à l'écart, dans la mémoire
avec le recul d'une image sur notre monde. Sans incidence, elles
se sont figées dans une image en bouclediaphanes
Elles sont dans un paradis, perdu et dissimulé dans les
ruines
Elles sont peut-être dans une histoire, une histoire d'automne,
mais le temps n'est plus à rendre compte du monde par l'histoire,
par une histoire, on ne peut être que dans la matière
de la sensation du chaos.
Ne croyant plus en l'image, dans son idée absolue de valeur,
elles prient pour en être libérée, mais comme
sur le lit de Procuste, il ne peut y avoir d'échappatoire à l'extérieur
du cadre dans un univers explosant au ralentit
Et pourtant au soir du monde, elles chantent en ritournelle
Au centre de l'espace,
pile au centre du volume du paysage,
au point de tension de la forme, au point de tension de la surface
que fait la terre avec sa verticale, le cielJ'ai planté mon
corps, juste en face du soleil du zénith, j'y ai planté ma
tête, en rotule sur le corps lentement, je l'ai fait dérivée,
glissée, ondulée dans le flot vaste des photons,juste
pour les sentir, telle une douche, glissés sur mes joues,
le front la tête qui tourne, et puis sur la nuquel'averse
de lumière et de chaleur qui tournoie sur son visage, qui
me donne la sensation, la troublante impression, d'être encore
un peu vivant, pour un dernier étéelles ne me réconfortent
pas, elles me donnent seulement l'impression d'un décapité,
d'une tête à côté du corps la laisser
pivoter ainsi encore, ainsi un temps, le temps qu'elle aille plus
loin, dans le brasier, ma tête dans le paysage comme un brise
glace qui fond la forme de l'air, et l'air surchauffé de
part et d'autre emporte plus loin derrière, les peaux mortes,
dans le ciel de bleuet souvent je me laisser séduire par
le précipice de l'azurle précipice de l'azur
Au centre de l'espace