Le projet photographique de Delphine intitulé L'album de
famille peut être conçu comme une entreprise de recomposition
d'un huis clos dans lequel elle a été et se trouve
encore immergée. On ressent aussi fortement à travers
les œuvres le besoin qu'éprouve l'auteur de s'empêcher
de grandir, de rester fille avec sa vision de fille. Elle emprunte
d'ailleurs aux enfants leurs manières tyranniques : en créant
ses propres personnages à partir des vrais, Delphine prend
possession de sa famille, en devient le cœur et la tête.
Ce projet se poursuivant dans le temps puisque de nouveaux personnages
interviennent dans sa narration.
Delphine exprime, à travers ses photographies, la nécessité de
transformer en personnages les êtres proches. Son univers
familial est ainsi peuplé d'êtres mi-réels,
mi fantastiques : le père aux mille cravates, qui se déguise
en rocker dans sa garçonnière, quand personne ne
le voit ; la mère aux attelles, aux mille serre-têtes,
au citron ; la grand-mère dans ses brumes ; le grand-père à la
clé, gardien des secrets de famille ; la tante cavalière, à la
paupière cousue d'or ; le maître-chien, rencontré par
sa mère aux Emmaüs ; le loup-garou du village…