Depuis les années 1980 Felice Varini élabore
un travail de peinture qui se déploie dans l’espace
architectural. A partir des données spatiales qu’il
relève il définit le point de vue – lieu initiant
une approche de la peinture et de l’espace - autour duquel
son intervention se matérialisera. La forme peinte trouve
sa cohérence quand le spectateur se tient en ce point. Lorsqu’il
s’en écarte et se déplace, elle rencontre l’espace.
C’est dans l’ensemble des points de vue que cet espace
engendre et que le spectateur est amené à appréhender
que réside le travail.
A l’occasion de son exposition au musée Bourdelle
Felice Varini réalisera trois oeuvres inédites. Dans
le Hall abritant les plâtres monumentaux de Bourdelle la
gageure consiste à saisir le lieu à la fois dans
sa totalité et son intégrité sans toucher
les sculptures. Felice Varini convoque ici la ligne. Appliquée
sur les divers supports architecturaux cette ligne parcourt l’espace
de point en point, instaurant à travers ses multiples rebonds
un dialogue avec les œuvres.
Les deux autres pièces également in situ se déploient
dans les anciens ateliers situés au cœur du musée,
aux côtés de la collection archéologique de
Bourdelle, de bas-reliefs et de portraits polychromes que celui-ci
exécuta.
Des travaux à caractère plus documentaire sont également
exposés : quatre photographies des Billboards réalisés
pour la ville de Mexico ainsi qu’un ensemble d’études
préparatoires comprenant des maquettes de projets hypothétiques
(Mont Saint-Michel) et de commandes (Projet pour la Ville de Flims
en Suisse) et une trentaine de dessins frottages. Témoignages
d’un procédé de sauvegarde aujourd’hui
abandonné ces dessins présentés pour la première
fois constituent un ensemble de traces sensibles dans le développement
de l’œuvre de Varini.
L’ouvrage accompagnant cette exposition se présente
sous la forme d’un livre/itinéraire photographique à travers
le musée, salles d’exposition et locaux fermés
au visiteur, pour la première fois objet d’une investigation
photographique dans sa globalité.
Les prises de vues, établies selon une règle unique – œil à distance égale
du sol et de ce qui est photographié, absence d’accident
entre l’œil et ce qui est photographié - s’appliquent
aussi bien aux sculptures de Bourdelle qu’aux travaux de
Varini et aux espaces qu’il a retenus. S’il constitue
la pièce photographique du projet de Varini pour le musée,
cet ouvrage en dresserait l’état des lieux.