Images à l’effroyable étrangeté, petits
contes cruels et chansons lancinantes,
peuplent l’univers d’Agnès Geoffray. Elle joue à nous
faire peur, tout comme à nous amuser.
Elle nous plonge avec délectation dans un absurde noir,
et très vite
nous perdons pied.
Un univers de latence est alors déployé, où fiction
et réalité sont étroitement
entremêlées, pour mieux les confondre et les réinventer.
CRIMES ET DÉLICES à La BF15 rassemble des photographies
et des textes.
Les écrits y prennent des formes diverses et variées
alliant la sculpture, la vidéo
et la performance. Mais quelque soit la forme convoquée,
les photographies
comme les textes ne font qu'une seule chose : ils nous hantent.
-
Comment avez-vous eu l’idée d’un entretien
radiophonique ?
Avant tout j’aime bien raconter des histoires, je ne sais
pas si je vais vous en raconter beaucoup aujourd’hui,
mais je sais qu’avec vous ça peut déboucher
sur des choses assez imprévues.
- Quel est le rapport entre vos images et l’écriture,
les textes ?
Je pense que le lien découle principalement de mon attrait
pour les faits divers.
Pour les images, ce sont les images issues de journaux, d’archives,
qui restent toujours assez incertaines, et pour
l’écriture, c’est mon intérêt pour
les faits divers, et les histoires… les bribes d’histoires.
- Quel est le statut de ces fragments, fragments d’images,
fragments de textes et d’histoires ?
C’est vrai qu’on peut parler de fragments dans le sens
où même dans mes images, je photographie beaucoup
de
fragments de corps, un peu comme des corps objets, des corps qui
renvoient à la sculpture. Oui, j’aime bien
découper, et pour mes textes c’est un peu pareil,
ce sont des histoires très courtes, ce sont des petits bouts… Je fais peut être
des petits bouts de tout.
[…]
- Par deux fois vous dites broder, vous vous intéressez à la
peau, vous vous intéressez aux textes, et maintenant la
broderie. C’est quoi pour vous broder ?
Broder c’est rajouter, c’est rajouter beaucoup de choses
autour de pas grand-chose, c'est-à-dire inventer à partir
d’un objet dont on ne sait rien ou très peu. Donc
oui, j’aime la broderie.
[…]
- Je crois que nous sommes arrivés au coeur de l’entretien,
et je vais vous demander de nous raconter votre
histoire…
L’histoire pourrait être comment j’en suis venue à l’art.
C’était en 1997, j’avais environ 20 ans, je
suis allée voir la
biennale de Lyon – je suis originaire de Lyon. J’ai
accompagné mes parents et mon frère qui voulaient
absolument
voir cette biennale, moi je n’avais jamais trop aimé l’art.
J’ai perdu mes parents au cours de cette exposition. L’une
des pièces présentées était une oeuvre
de Chris Burden, un rouleau compresseur volant, qui tournoyait
sur
lui-même. A un moment il s’est décroché,
mes parents et mon frère sont morts sur le coup, écrasés.
[…]
Fragments
d’un entretien radiophonique entre Thierry Genicot
et Agnès Geoffray
réalisé à La Lettre volée le 17 décembre
2005.