Catherine Rannou, plasticienne et architecte, met en scène
les étapes enregistrées - des traces
généralement invisibles - qui fondent, littéralement,
l’apparition d’un bâtiment pensée et concertée
en
marge des protocoles habituels de l’architecture domestique.
Elle nous renvoie aux jeux de construction
enfantins, à l’arpentage de la friche, à la
colonisation d’un espace, à la venue de la mesure
et du
travail, de la spéculation et de l’échange… C’est
avant tout le trajet d’une construction en devenir qui
nous est donné à voir et croyons la sur parole Ce
sera beau quand ce sera fini est l’histoire d’une
installation continue…
“
Ici l’histoire est simple.
Un couple attend un enfant. Ils cherchent puis trouvent le terrain
où construire leur maison.
Plus précisément ils ne veulent pas « construire » mais
acquérir une maison comme une voiture en quelque
sorte, et choisir quelques options. Mais ce sera « leur » maison.
Je leur parle, de ce rapport étroit entre nos corps et l’espace,
de ces peaux de bâtiments que je filme
et que je caresse comme des corps, que sans un « situ » je
ne peux pas créer mes installations vidéos.
A la façon d’un architecte peut être.
Un jour le terrain est là.
Je vais y pénétrer, le parcourir, le toucher le regarder
de haut, d’en bas. Et il me trouble. Il est particulier,
un peu habité déjà.
Le contexte rural du site, c’est l’existence de nombreux
hangars agricoles plus ou moins intégrés, mais
qui correspondent exactement à des désirs d’espaces
et de surfaces généreux. Un hangar avec quelques options s’impose.
Une coopérative agricole peut fournir ce hangar, à la
couleur, à la longueur et la hauteur que l’on souhaite,
aussi. D’autres options sont possibles.
Un jour l’objet habitable est là.
Ensuite la maison va petit à petit prendre forme au cours
de nos discussions . C’est un aller retour permanent
entre le site, l’objet industriel et les désirs
de ce couple. Maintenant un enfant les accompagne
à chaque rencontre.
Les amis, les grands parents voient déjà cette maison.
Elle est absente physiquement , mais devient un
objet de projection.
La maison commence alors à créer, au-delà de
son propre volume imaginé, un espace parallèle, qui
n’est
ni orthonormé, ni dessinable, sorte d’ ectoplasme à l’extérieur
et à l’intérieur d’elle-même.
Un vide envahissant.
Petit à petit habiter ici.
A travers différentes médiums (vidéo performances,
installations in situ, photos, enregistrement audio,
installations sonores etc.. ), je tente de capter les transformations
qui font basculer un objet industriel,
qui n’a pas l’image d’une maison en un espace
intime et habitable.
Il est installé dans un site.
Il est désiré en tant que maison.
J’essaye de toucher certains spectres de cet espace parallèle,
qui ne se dessine pas, ne se construit pas,
ne s’écrit pas.
La maison prend petit à petit une place, et entretient des
rapports d’intimités, de sociabilité avec ses
habitants, elle protège, abrite, mais expose aussi.”
Catherine Rannou.
Habiter c’est avoir des habitudes” nous dit Elisabeth
Voirin. “C’est aussi créer son espace d’un
geste.” A partir de ces deux réflexions elle conçoit
Repose, une installation lumineuse et
résonnante, sorte de parcours initiatique du visiteur-habitant,
invité à auditionner l’espace età visualiser les flux sonores.
“ Je mets en place des espaces visuels et sonores, dans
lesquels le spectateur est invitéà
se positionner afin d’accéder au contenu. Ma production
audiovisuelle prend tout son sens
dans l’espace de diffusion, qui devient un réel terrain
d’expérimentation pour le visiteur: l’approche
de mon travail est plus sensorielle que raisonnable.
Le regard est évidemment primordial dans mon travail, puisque
je suis vidéaste, mais ce n’est
pas toujours le sens le plus important pour accéder à l’expérience
que je propose. Ce n’est pas
uniquement une vidéo que je donne à regarder, mais
aussi des matières à sentir et des espacesà
percevoir : mon but est de casser la sensation d’isolement
qui s’installe parfois entre le
sujet et ce qu’il regarde.
Mon univers plastique s’est développé avec
l’intuition que l’espace est à la fois infini
et
qu’il n’est pas « un » mais « multiple » ;
il se détermine par les interpénétrations
des espaces
visuels et sonores. L’évidence qui s’impose à moi
est la différenciation du son et de l’image,à l’encontre de la pratique la plus courante, c’est-à-dire
leur synchronisation.
Ce que je cherche en enregistrant mes bandes vidéo c’est
l’expérience d’habiter l’espace
en filmant des durées et des mouvements dans leur continuité.
Je me laisse aller à l’irrésistible
pouvoir du paysage, à l’impression d’un espace
infini et englobant. C’est de cette expérience
que je construis mes montages vidéo et sonore, puis l’environnement
dans lequel déambule le
spectateur.”
Élisabeth Voirin