«On sait aussi qu’il y a chez plusieurs
philosophes, un désir de poésie qui cherche
d’autres pages que celles qui leurs sont offertes. Encore ces
philosophes doivent-ils s’autoriser
pareille excentricité. Les innombrables dessins et aquarelles
que François Martin crée
inlassablement, au quotidien, offrent ces pages à Jean Luc Nancy.
Ils sont l’espace de «vérité verte» de Jean-Luc Nancy. De la «vérité verte» :
l’expression est du philosophe, et c’est
ainsi que j’appelle la tentation de poésie à laquelle
il succombe. Il écrit dans «Face au Pré»,
préface à ce numéro de la revue Fusées
: «Entre des écrits, des dessins, des images et des
pages blanches, il peut toujours surgir, sans souci de système,
une vérité verte».
La première rencontre est initiée par François
Martin qui contacte le philosophe suite à un
travail de dessin. L’artiste produit une série de trois
cent douze dessins en cinq jours, série
qu’il qualifie ensuite d’un travail sur la fatigue, l’épuisement.
Eprouvé par cet exercice, l’artiste
connaît un certain désarroi, «Et là, il y
a une espèce de blanc pour moi, c’est la première
fois et c’est la seule fois où ça s’est passé,
je ne voulais pas les livrer, non pas sans explication,
mais sans texte. En fait je sais un peu pourquoi : parce que ces dessins
m’échappaient
dans le sens où je ne savais pas exactement ce que je faisais.» François Martin est allé vers le philosophe, le sollicitant
pour l’accompagner dans «les soubresauts
et le chaos de sa pensée de ligne et de tâches.» Jean Luc Nancy qui a répondu favorablement à cette
invitation produit un texte et un titre,
qui accompagnent cette série de dessin et font de Poncifs, leur
première oeuvre commune. De
cette rencontre naîtront d’autres collaborations, dont
les séries NIUM, 1992, Taureau Totem,
2004 et Trop, 2005 rassemblées à l’occasion de
la sixième séquence du cycle Trait d’Union,
présenté au Centre Régional d’Art Contemporain
Languedoc-Roussillon.
De cette rencontre, il y a plus de trente ans, naît un ensemble
d’oeuvres communes, libres et
sans hiérarchie. «Martin invente Nancy. Nancy invente
Martin. Martin s’invente entre les
lignes de Nancy qui s’invente dans les dessins de Martin. Ouvertures
et regards singuliers,
jeux, aires de repos et de liberté, peut-être, mais aussi
une urgence, un besoin d’agir et de
réagir en dehors des systèmes.»
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