220 jours était un espace d’exposition
temporaire situé rue Louise Weiss à Paris, qui, du
8 septembre 2007 au 30 mars 2008, a accueilli une série d’expositions
collectives réunissant quatre artistes (Isabelle Cornaro,
Mark Geffriaud, Benoît Maire et Raphaël Zarka) en collaboration
avec gb agency. Au cours des différents épisodes, des
invitations ponctuelles étaient également faites à d’autres
artistes. S’ils ont réuni un groupe mouvant d’individus
autour d’affinités esthétiques, ces 220 jours
d’exposition aujourd’hui écoulés ne constituent
pas une entité déterminée. A l’initiative
du projet 220 jours, les commissaires Yoann Gourmel et Elodie Royer
bénéficient d’une carte blanche dans le Module
2, et proposent dans ce cadre l’exposition Les Feuilles.
Cette exposition trouve son origine dans la critique
du film Sayat Nova, La Couleur de la grenade (1969) de Sergueï Paradjanov,
publiée dans le quotidien Libération en 1982 par Serge
Daney. Succession de tableaux vivants dont la construction s’apparente
aux techniques de représentations picturales comme aux procédés
du collage, Sayat Nova raconte sur un mode allégorique différents épisodes
de la vie de ce poète arménien du XVIIIe siècle.
Dans un rapport quasi fétichiste aux objets et à leurs
relations, Paradjanov filme chaque plan dans une frontalité nette,
sans concession. La profondeur est gommée en fixant un fond à l’image
: « il m’a semblé qu’une image statique,
au cinéma, peut avoir une profondeur telle une miniature,
une plastique et une dynamique internes » (Sergueï Paradjanov).
Référence à l’art médiéval
et à la conception de la représentation de l’espace à cette époque,
chaque scène de ce film-exposition est composée selon
un feuilletage de plans superposés à partir d’une
surface d’inscription définissant un rythme de lecture
particulier : le temps est exprimé par l’espace, et
l’espace en une juxtaposition de lieux qui constituent autant
de moments différents de l’histoire. Pour reprendre
les termes de Serge Daney, « dans cette série d’icônes-séquences,
une image ne suit pas l’autre, elle la remplace. Il n’y
a pas de mouvement de caméra dans ce film, pas de liens entre
les images. Nous sommes leur seul point commun. » (Serge Daney,
Ciné-journal, 1982).
Si par extension nous sommes effectivement le seul
point commun des (chaînes d’) images qui nous entourent, comment éprouver
leur construction et les relations qu’elles entretiennent aux
autres –passées, présentes et à venir – ainsi
qu’aux espaces de représentation dans lesquelles elles
s’insèrent ?
Des discussions avec les artistes qui ont entre autres
animé l’exposition
220 jours au texte de Daney en passant par le film de Paradjanov,
la construction d’un espace-temps particulier du regard a inspiré l’exposition
Les Feuilles. En invitant des artistes de différentes générations
dont les œuvres interrogent l’origine, la transmission
et la circulation des images, des formes et des histoires qui leur
sont liées par des opérations de cadrage, de montage
et de collage, les commissaires ont souhaité mettre en perspective,
en multipliant les points de fuite, différents types de construction
du visible.
Par le choix d’une perspective, l’auteur d’une
image révèle en quelque sorte sa vision du monde, la
façon dont il envisage de le faire voir, et la place qu’il
s’est lui-même attribuée par rapport à cet
espace. Répartie en deux espaces d’exposition parisiens – dans
le Module 2 du Palais de Tokyo et à Super, cette exposition
articule des parcours et des points de vue dans lesquels les images,
les objets, les sujets s’enchaînent les uns aux autres
dans un déroulement discontinu pour finir par se raccorder
dans notre imagination, éventuellement.
Avec : Barbara Bloom, Robert Breer, Isabelle Cornaro,
Julien Crépieux,
Aurélien Froment, Ryan Gander, Mark Geffriaud, Jirí Kolár,
Benoît Maire, Clément Rodzielski, Raphaël Zarka
220 jours
http://220jours.blogspot.com
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