En théorie, l’abstraction totale,
la libération absolue de tout référent ne pourrait
se concevoir que dans le cosmos, affranchi des contraintes de la
pesanteur. Selon la légende, le mérite de la découverte
de l’abstraction reviendrait à Kandinsky qui aurait
posé un paysage fraîchement peint à l’envers.
Par ce geste distrait, il n’aurait pas supprimé le réalisme,
mais lui aurait substitué un autre référent
en désignant un nouveau haut et bas pour sa peinture. Ainsi
la révolution moderniste présente dès ses origines
une dépendance constitutive des images au magnétisme
gravitationnel, comme tout corps solide. L’image, si peu descriptive
soit-elle, aurait-elle donc toujours un sens, une masse imaginaire
soumise par procuration du regardeur à l’attraction
terrestre. Cette pesanteur, ce sens droit de l’image serait
le dernier lien avec réel lorsque rien d’autre ne le
qualifie.
Le mouvement vertical de gravitation universelle
accompagne paradoxalement le mouvement horizontal du regard, comme
si le poids de la couleur,
la masse des surfaces colorées s’offrait d’avantage à une
perception intérieure, à la profondeur d’une
gravitation physiologique, pour nous inviter à reconnaître
en nous un centre, une force d’attraction insoupçonnée.
L’exposition Weight Watchers, présente à la galerie
Xippas, Paris, du 6 décembre 2008 au 31 janvier 2009, des
peintures nouvelles de Joseph Marioni, de Dan Walsh, de Ian Davenport,
ou encore Peter Halley. Chacun de ces artistes participe à leur
façon de cette attention à la gravité de la
couleur et de la surface. Le grand Takis, dont toute l’œuvre
est mue par la passion des forces magnétiques, est au centre
de cette proposition autour d’une pensée de l’abstraction
qui inscrit dans la profondeur des couleurs et des formes la conscience
apaisée de notre présence physique au monde.
|