Qui aurait a priori imaginé rapprocher
ces deux artistes ? L'un est chinois
Wu Xiaohai (prononcer Vou Chao Haye), artiste Pékinois, 35
ans, l'autre
Eric Corne, peintre prolixe dont l'expressivité se traduit par
la couleur, les
rythmes et des références "choisies" dans la
peinture occidentale.
L'un a peu exposé, c'est un génie reclus, les doigts
salis de charbon,
l'autre est savant, généreux et bienveillant.
Wu Xiaohai utilise le fusain et la feuille de papier. Les formats peuvent
varier jusqu'à atteindre de très grandes dimensions lorsqu'il
s'attaqueà des rouleaux de plusieurs mètres. À chaque fois il s'agit
de petites saynètes qui impliquent
immanquablement deux jeunes enfants dans une situation inattendue,
voire surréaliste.
Eric Corne est un peintre miraculé. Pendant longtemps il reproduit
des figures
quasi abstraites à travers lesquelles il martèle son
obstination d'artiste. Ces
figures dites "antérieures" ne sont pas sans rappeler
celles de Malevitch ou
Chirico. Aujourd'hui Corne a dépassé la simple figure
humaine, c’est un
peintre de la narration, un peintre d'histoire. Chacune de ses peintures
foisonne d'informations, de signes récurrents, de récits
multiples.
C'est C'est peut-être là que nos deux artistes se rencontrent.
Le rythme répété des récits contenus dans leurs oeuvres leur confère à tous
deux une lecture
presque cinématographique.
Les dessins de Wu Xiaohai donnent à voir comme les peintures
de Corne nous plongent dans une histoire
incomplète. Eric Corne est un peintre de la couleur, mais lorsqu'il
utilise le noir, c'est pour mieux signifier un
interstice. Pendant une fraction de seconde, comme le clignement des
yeux, un monde "autre" se dessine
devant nous, un monde pas seulement plus sombre, mais mu par un inconscient
qui permet toutes les
associations. La nostalgie est parfois au rendez-vous.
Pour Wu Xiaohai, le rapport au temps prend la forme d'éléments
référentiels à l'histoire de son pays. S'il combine
dans ses dessins des clins d'oeil à l'histoire ancienne et au
communisme, c'est par l'emploi du fusain qu'il
manifeste sa défiance vis-à-vis de notre société et
son attachement à une pratique laissée pour compte dans
l'art
contemporain Chinois.
La plupart du temps, il n'est pas surprenant de constater certains
anachronismes.
Dans le travail de l'un comme de l'autre des éléments
improbables sont associés, un écran plasma, un cerisier
en fleur, une pirogue, un lit d'enfant pour Wu Xiaohai, un avion, un
oiseau, une tour, un arbre chez Corne. Dans
les deux cas, il s'agit d'une oeuvre codifiée dont la composition
est souvent servie par une construction
rigoureuse. En effet, les deux artistes attachent une grande importance à l'architecture
et au cadre de leurs
histoires respectives comme dans Lost Light d'Eric Corne ou Single
Room de Wu Xiaohai pour nous rappeler que
l’artiste est toujours là bien présent.
Révélé cette année à ARTBASEL par
la galerie Beijing Art Now, la Galerie Patricia Dorfmann a le plaisir
de
présenter pour la première fois en France un ensemble
d’oeuvres sur papier de Wu Xiaohai ainsi que sa dernière
réalisation Mama I Feel Sick, un film d’animation.
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