Baudelaire distinguait deux manières de
comprendre le portrait : l’une consiste à rendre fidèlement
le contour et le modelé du modèle, ce qui n’exclut
pas l’idéalisation. La seconde est de faire du portrait
un tableau, un poème avec ses accessoires, plein d’espace
et de rêverie. Ici l’art est plus difficile, parce qu’il
est plus ambitieux.*
C’est dans cette approche du portrait que s’inscrit
la nouvelle série de tableaux d’Arezki-Aoun qui nous
attirent par leur magnétisme et leur silence. Plus encore
il y règne un mystère, presque un suspense, comme si
l’image n’était que le support ou le prétexte à l’expression
de quelque chose de profond et sourd, totalement enfoui et dont on
ne ressent que les vibrations.
Sous l’apparence de personnages prosaïques aux attitudes énigmatiques,
figées dans des postures à l'équilibre incertain,
le peintre nous parle d’intimité et de comédie
de la vie. Il crée un univers impalpable, intemporel et une
distance entre ses personnages et le cadre dans lequel ils sont mis
en scène. Les couleurs de ses tableaux nous rappellent les
fresques de l’antiquité avec des tons de terre et d’ocre.
Les espaces jouent comme des variations d’atmosphères
et créent une circulation d’air autour des personnages
immobiles.
* In Ecrits sur l'art, Charles Baudelaire.
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