La galerie
Olivier Robert et la Monnaie de Paris présentent la première pièce monumentale de
David Ancelin dans la cour de l’Hôtel de la Monnaie.
THE PINBALL WIZARD
David Ancelin est un « magicien du flipper ». Il est
Tommy, le héros du premier opéra rock signé par
The Who. Il a ce don, même aveugle, de sentir la balle, de
percevoir ce qui nous échappe, de devenir Voyant. Il n’est
sans doute pas anodin que Tommy détrône Local Lad, la
star locale, incarnée dans le film par un Elton John juché sur
de fantastiques chaussures géantes afin d’accéder à son
flipper démesuré….
En effet, l’œuvre Flipper, 2008 présentée
par David Ancelin à l’Hôtel de la Monnaie est
une structure gigantesque de flipper, bancale, parcourue d’une
guirlande lumineuse. Une carcasse haute de près de 5 mètres
de haut, reprise de sa précédente pièce Flipper,
2006. L’agrandissement d’objets du quotidien est un phénomène
récurrent de l’art contemporain actuel et agit, après
celui de Claes Oldenburg, au mieux comme une vulgaire copie, au pire
comme une tare. Seulement voilà, Ancelin n’agrandit
pas notre quotidien. Il adapte son propre travail au lieu dans lequel
il l’expose. Il se réinvente, s’interroge, se
défie lui-même. Une démonstration d’intelligence
artistique qui se pose comme un hommage à l’idée
originelle du changement de taille, dans cette simple évocation
de flipper. Ce rapport d’échelle implique une double
modification : structurelle tout d’abord, puisque la pièce
bascule dans le champ du squelette architectural avec l’utilisation
de matériaux de construction issus du bâtiment. Humaine
ensuite, de part son rapport au spectateur, devenu pour un temps
inadapté, dépassé, inquiet ou émerveillé.
Car il y a évidemment une relation au merveilleux qui parcourt
ce flipper. Une sorte de fin de fête triste, une poésie
nostalgique.
Flipper, 2008 agit comme un signe, un révélateur de
l’approche conceptuelle d’Ancelin. Elle invite le très
respectable Hôtel de la Monnaie dans une danse étrange.
Une relation s’installe dans l’espace entre l’œuvre
et le lieu comme entre l’homme et la machine. Un balancement
entre deux degrés de passé, deux forces, deux approches
du monde contemporain, deux monumentalités. Cette fusion d’entités
doubles se retrouve dans le traitement même de la pièce
qui marie le minimalisme devenu joueur des Incomplete Open Cubes
de Sol Lewitt à la mélancolie esthétique de
Claude Lévêque. Plus structure que sculpture, l’œuvre
suggère irrémédiablement un passé empreint
d’insouciance, de jeunesse et de rock’n’roll. Un
sentimentalisme qui transparaît surtout dans la guirlande d’ampoules
issue des bals populaires, allusion aux anciens frontons de flippers,
traversant la structure comme le déploiement du parcours de
la balle d’acier. Une carcasse archivée, conservée
ici, mais toujours vivante et lumineuse. Un passé instable,
fragile, remémoré par une œuvre qui, malgré sa
massivité, est titubante.
David Ancelin sait sans doute, comme Tommy, que le flipper peut mener
loin, très loin, si l’on sait en jouer. Le dominer,
c’est s’assurer la gloire ; et donner l’opportunité à Local
Lad de s’apitoyer: « What makes him so good ? »*….
* paroles extraites de Pinball Wizard, album Tommy, The Who. Ecrite
et composée par Pete Townshend.
Benjamin Bianciotto
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