Kyogen
Hommage à Amaterasu
«
Kyogen », c’est le titre de la nouvelle série
de tableaux d’Imamura où il peint sur des toiles recouvertes
d’or. Curieuse, j’ai cherché ce que pouvait bien
signifier ce titre énigmatique. C’est l’intermède
drolatique du Nô. Il est vrai que tous ces petits êtres
picturaux, légumes, insectes, cucurbitacées et autres éléments
naturels, dont l’horizon est la corolle d’une fleur,
s’agitent allègrement dans leur petit monde, sans autre
discipline que les aimants sur les échelles de leurs désirs.
Tout cela fourmille d’une vie qui peut sembler bien loin de
l’éternité des « Zénon vol ».
C’est en me promenant sur la toile que de définition
en définition, je suis remontée jusqu’aux sources
mythologiques du « Kyogen », spectacle donné par
les dieux pour faire sortir de sa grotte Amaterasu, la grande déesse
du soleil, qui donna le riz aux hommes. L’éclat de leurs
millions de rires l’attire au dehors où elle se voit
dans le miroir forgé de leur huit millions de souffles, Yata
no Kagami. Il est conservé dans le temple d’Isé à l’ombre
duquel grandit Imamura. C’est le miroir de la conscience, un
des trois emblèmes des empereurs du Japon.
Les toiles d’Imamura sont un hommage au tout vivant, un retour
aux sources du shintoïsme dont il eut l’idée en
peignant sur des paravents du XVIème siècle apprêtés à la
feuille d’or. Les fonds chatoyants renvoient une lumière
vivante comme si y survivait le souffle d’Amaterasu. Les tableaux
de « Kyogen », miniatures et icônes, nous emmènent
dans le monde fantastique du shintoïsme où chaque brin
d’herbe est animé du souffle de la création,
où les pierres ont une âme.
Lélia Mordoch
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