“La série des consoles et tablettes
est destinée aux pièces d’entrée ou de
circulation.
Elle regroupe uniquement des formes de faible épaisseur offrant
miroirs, tablettes ou étagères, et patères. Les
fonctions
sont le plus souvent combinées.
Les propositions jouent sur des principes contradictoires de déploiement
ou de concentration dans l’espace. Certaines
pièces procèdent d’un détournement de consoles
embouties réduites à leur valeur de signe, dans le sens
où elles
suggèrent l’accrochage mais ne l’assurent pas. D’autres
ont pour origine un ou des usages que la forme cache plus
qu’elle ne les révèle.
La couleur opère dans certains cas comme un liant, et dans d’autres
elle déstructure.
L’ensemble n’a de sens que situé, de sorte que l’architecture
du lieu devient une qualité des objets installés, et
inversement.
La série des boîtes blanches est peut-être la forme
la plus aboutie, et la plus dérisoire, de ma recherche. La plus éthérée,
et la plus triviale. Les quelques pièces déjà conçues
ne sont, je pense, que les premières d’une série
qui pourraê tre longue.
Concrètement, il s’agit de rangements, sans destination
précise. Ils sont fabriqués en mélaminé blanc,
matériau industriel
des moins chers. On l’utilise généralement pour
construire le corps des meubles, la partie la plus utile, mais
qui reste cachée derrière une façade plus valorisée.
Cette idée de façade, bien que vivace, est un anachronisme,
dont
on est ici débarrassé. On a donc très clairement
affaire à un volume, ce qui est encore souligné par l’absence
de couleur.
Pas d’innovation, un matériau courant utilisé de
la manière la plus conventionnelle.
Mais il y a les poignées. De simples poignées là aussi,
en acier brossé, mais placées, ou déplacées,
de telle façon sur
les formes qu’elles semblent dialoguer avec elles. Elles mettent
en valeur les parallélépipèdes et leurs qualités
géométriques,
et dans le même temps, ces derniers ne semblent être que
des supports destinés à présenter les poignées.
On est moins en présence de meubles que face à des dispositifs
de scénographie dans lesquels deux objets se mettent
réciproquement en exergue. Deux objets qui séparés
n’ont que peu d’intérêt, et qui s’ennoblissent
par le dialogue.
Bien sûr, leur conversation est ténue, et il faut tendre
les yeux pour la voir. Il est là, finalement, le but du jeu.
Tendre les yeux.”
Philippe Million
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