Richard Harper explore les limites
de la peinture : il aurait pu choisir l'abstraction, il préfère la
voie d'un réalisme objectif extrêmement détaillé.
Question de rapport au temps et de tempérament !
Chacune de ses peintures procède d'un long et minutieux rituel.
Par de régulières applications de fines couches de
peinture translucides, Harper donne vie et matière à ses
modèles ; leurs carnations apparaissent ainsi dans leur plus
troublante réalité, rythmées par les courbes
sinueuses des veines et des vaisseaux sanguins… Plusieurs mois
voire plusieurs années s'avèrent parfois nécessaires à l'achèvement
d'une oeuvre. Cette temporalité, qui peut paraître anachronique
aujourd'hui, indique le degré de gestation inhérente à son
travail.
Inconsciemment, notre regard suit les étapes successives
de l'élaboration de la peinture : la posture du corps, ses
courbes, sa surface puis sa texture. Ce mouvement progressif vers
l'observation détaillée semble traverser l'enveloppe
corporelle. Comme un zoom avant, de l'extérieur vers l'intérieur
de la chair. Debout, allongés ou recroquevillés, ses
modèles déclinent leur être avec toute la distance
qui sied au refus de la subjectivité prôné par
le peintre :
" Si j'ai adopté une approche minimaliste dans mes tableaux,
c'est parce que le corps humain, dans son état naturel, représentait
l'objet idéal pour la peinture. Partant de cette déduction,
j'ai consciemment limité le sujet de mes tableaux à ceci
: un corps humain sur une plateforme avec le vide en arrière-plan, évitant
ainsi toute distraction de l'esprit. Le corps, toujours peint en
taille réelle, remplit l'espace, atteignant presque les bords
du tableau et il constitue l'unique et le plus important objet du
tableau. "
Sans vêtement ni accessoire susceptible de conditionner l'oeil,
la nudité permet de focaliser l'attention sur le corps uniquement.
Corps unique car semblable mais différent à tous les
autres, anonyme mais individualisé. Devant cette présence
illusoire de corps si parfaitement recréés, Richard
Harper nous confronte à notre propre image. Se regarder objectivement,
dépouillé de tout jugement a priori, est un exercice
bien délicat. Au-delà de notre réalité physique
se pose la question d'une autre réalité tout aussi
essentielle, immatérielle et impénétrable. Harper
nous laisse libre ici d'achever notre description par cet attribut
indicible qui nous subsiste ou non …
Biographie
Né en 1951 en Californie (U.S.A.), Richard Harper a étudié au
Los Angeles Art Center College of Design dont il sort diplômé en
1975. Après avoir vécu en Californie, il s'est installé en
France en 1986.
Ayant pris pour sujet l'image du corps humain, il
expose régulièrement
ses peintures en France et aux Etats-Unis
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