La photographie selon Jae-Kyoo
CHONG ou la possibilité de
mettre en œuvre une vision fractale du réel. Par un jeu
de découpage, sorte de déconstruction radicale du visible,
il nous ouvre la possibilité de recomposer le réel.
Parmi les artistes coréens vivants en France, Chong Jae-Kyoo
est l’un des plus importants, tant par la rigueur de sa démarche
que par l’inventivité dont il fait preuve. Il a aujourd’hui
passé plus de la moitié de sa vie hors de son pays
natal, c’est pourquoi son œuvre peut être considérée
comme un véritable pont entre deux mondes et une synthèse
entre deux cultures, entre deux conceptions de l’art.
Chong Jae-Kyoo est photographe, photographe plasticien, c’est-à-dire
que sa démarche s’inscrit tout entière dans une
double réflexion qui porte d’abord sur le langage pictural
en tant que système de signes autonomes et ensuite sur la
possibilité d’exprimer l’essence de la réalité à travers
ce système de signes non objectifs.
Il a pour cela étudié de manière approfondie
les grands courants européens qui ont donné naissance à la
pensée plasticienne, et en particulier le Suprématisme
de Malévitch, le Cubisme et le Néo-Plasticisme de Mondrian.
Après s’être essayé un temps très
court à la peinture, il est comme « saisi » par
la puissance de la photographie.
Si, dans un premier temps, il use de la photographie dans sa dimension
indicielle et documentaire, il se positionne à partir de 1991
comme photographe plasticien. La photographie devient alors pour
Chong Jae-Kyoo la possibilité de mettre en œuvre une
vision fractale du réel. Par un jeu de découpage, sorte
de déconstruction radicale du visible, il s’ouvre la
possibilité de recomposer le réel, selon des règles
qui relèvent d’une approche purement plasticienne.
Comme pour celle de Mondrian, on peut dire de l’approche de
Chong Jae-Kyoo, qu’elle est anti-individualiste, anti-subjective,
anonyme mais en cela même universelle car elle permet de constituer
une véritable «image» du monde.
L’orient, dans l’oeuvre de Chong Jae-Kyoo, s’incarne
dans cette dimension non
subjective et dans cette quête d’une sagesse profonde,
l’occident étant présent, lui, à
travers la réflexion essentielle sur la puissance autonome
des signes et sur la possibilité qu’ils offrent d’ouvrir à une
vision purement plastique. Jean-Louis POITEVIN - Paris Août
2006
Le tissage du temps
«
Mon travail de tissage, qui consiste à répéter
l’entrecroisement orthogonal de l’image
photographique découpée verticalement et du papier
kraft découpé horizontalement
est le processus de percevoir le temps projeté et intervenu
dans ce travail _ le temps qui s’écoule avec le monde_
Cela peut être le même processus qui relie deux moments
entre une promesse et son exécution.
Sur l’ensemble de la surface tissée, l’image photographique
comme trace du passé se libère de sa fixité et
le papier Kraft de sa matérialité.
Face à cet état de libération réalisée à la
suite du travail photographique, j’éprouve
moi-même un sentiment de libération, même sentiment
d’un alpiniste parvenu au sommet d’une montagne. Le tissage
vers un événement qui ne se réalise que dans
l’espace du futur accompli… » Jae-Kyoo Chong – 2006
Dans un monde saturé d’images et sans cesse en mouvement,
les photographies minutieusement et patiemment reconstruites de Jae-Kyoo
CHONG sont une éthique dans l’art et son exécution.
Avec le soutien de l’Institut coréen de la culture
dans le cadre de l’anniversaire des échanges diplomatiques
entre la France et la Corée
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