Tentures-espaces,
voiles déployées à rayures
rouges et blanches, mâts sans coque, mers et plages bigarrées,
tatouages primitifs ou fards rituels, résidus issus du fond
des temps, toujours actuels et porteurs d'avenir, squelettes de cultures
et jalons de civilisation, rapport "mémoire-message" témoin
de l'éternel humain, enregistré dans le langage flou
des consciences ancestrales, traduit dans une modernité accessible,
concentrée et minimale, tout cela réuni, intimement
soudé, ce sont les peintures et sculptures d'Armand Scholtès. L'abstraction
(c'est du moins l'opinion des grands maîtres du début
du siècle) prend son origine dans une situation existante.
Armand Scholtès n'y échappe pas. Ce qui le distingue
est que son référent ne se situe pas dans le domaine
de la forme, mais dans celui de la pensée, du concept ou du
contenu. Création pure (du moins apparemment) puisque dépouillée
de toute référence à son environnement habituel
: la forme humaine est absente, de même que l'animal, le végétal,
les formes naturelles et artificielles qui nous entourent.
Compression dans la mesure où cet art rejette tout caractère
descriptif ou narratif, dans la mesure où, comme aurait dit
Arp, Armand Scholtès "ajoute à la nature" des
formes et des objets qu'elle n'a pas connus avant lui, dans la mesure
où les oeuvres naissent dans l'esprit de l'auteur, croissent
et se développent dans son atelier, comme les fleurs dans
les serres d'un jardinier attentif et prévenant, nourries
par l'humus fécond des atavismes millénaires, grâce à leur énergie
propre, selon des lois naturelles, sans toutefois effacer le caractère
artificiel de toute création humaine.
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