Poursuivre un projet, un sujet,
quelques obsessions. Prévoir le contenu, la cohérence photographique. Puis
finalement se laisser porter par les intuitions, les rencontres fortuites,
les gestes et les sons capturés quotidiennement.
Chaque ville, chaque quartier, chaque rue, chaque ruelle, chaque
allée
recèlent d’innombrables histoires vécues à raconter.
Circuler, c’est s’obliger à voir, entendre ou imaginer
de futures histoires, de nouveaux fragments en gestation. Vouloir les
photographier, c’est nécessairement s’exposer à l’erreur,
au raté, à la réussite ou à l’exception.
Serge Clément
Lire l’image pour la comprendre. Décrypter ses niveaux
de réalité : vue directe, reflet. Vérité et
mensonge. Mensonge de la perception de l’image, ou mensonge
de l’image elle-même ? Car le reflet est vrai. Que ce
qu’il donne à voir devant, soit, en réalité,
derrière, n’y change rien.
Qui regarde les photographies de Serge Clément est dans la
confusion des repères, se demande d’où il regarde,
et s’interroge sur ce qu’il voit. Ce ne sont que fragments
d’une réalité où se mêlent espaces
urbains et humains, rencontres d’images d’espaces intérieur
et extérieur où les notions d’ouvert et de fermé n’ont
plus de sens… On se perd dans des ambiguïtés, troublés
par des énigmes. On se raccroche parfois à un indice.
Entre la plénitude, et cette impression d’embrasser
le monde, de saisir tout ce qui constitue l’ici et le maintenant
de la captation visuelle, et le vertige, né du sentiment d’avoir
pris la proie pour l’ombre, on hésite.
A travers ces interpénétrations d’espaces-temps
qui désorientent, y a-t-il, chez Serge Clément, la
volonté délibérée de brouiller la perception
de la réalité ou, tout au contraire, s’agit-il
pour lui de rendre l’épaisseur du réel, de faire
l’expérience de la complexité de la réalité ?
(Nelly Gabriel in Lyon Figaro)
Sur la trame de ses photographies, Clément coud des fragments
urbains, juxtapose des reflets, tisse des plans contradictoires parfois
jusqu’à l’abstraction. La perspective est ainsi
abolie au profit de lignes de fuite courbes et tremblées,
de rêveries parmi la nuit du réel. Les frontières
entre l’homme et la matière, l’intérieur
et l’extérieur, le proche et le lointain, le champ et
le contre-champ deviennent, l’espace d’un instant, caduques.
Clément fond ces éléments et les réduit à leur
commune substance lumineuse. Au sein de cet univers tout en vibrations,
on se surprend à penser que ce qu’il y a de plus beau
et de plus profond, c’est la peau du réel.
(Jean-Emmanuel Denave in Le Petit bulletin)
Depuis les profondeurs noires comme celles d'une
eau dormante jusqu'aux embrasements des blancs devenus aussi nerveux
et vibrants qu'une électricité,
les images de Serge Clément existent selon une vérité poétique
qui s'étend et se meut parallèlement à la réalité reconnue,
sage et conventionnelle. En elles se
démontre cette vérité que Nietzsche nous enseigne
: qu'en art le mensonge devient positif et qu'on ne peut que passer
par lui pour toucher au vrai. Méditons cela : que cette démonstration
est faite dans et par la photographie, si souvent accusée
d'être coincée dans une objectivité prosaïque
et sans écho. Chez Serge Clément l'art de la lumière
s'ouvre tel un immense espace de poésie et de transfiguration
où les choses et les êtres simples du monde viennent éclore
comme des apparitions mystérieuses et vivre comme des présences
obsédantes.
(Jean-Claude Lemagny in CV Photo)
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