“Pendant
plus de 20 ans, Bernard Faucon a réalisé des mises
en scène photographiques exposées dans le
monde entier. Il y a dix ans, considérant qu’il
avait exprimé tout
ce qu’il avait à dire avec la photographie, il
mettait un point final à son oeuvre avec la série “La
fin de l’image”. Depuis, il a énormément
voyagé, notamment, pour
le projet “Le plus beau jour de ma jeunesse” pour lequel il a organisé, de 1997 à 2000 et dans vingt
pays, une fête exceptionnelle d’une journée
durant laquelle une centaine de jeunes pouvait photographier librement,
avec un appareil photo jetable. Un voyage extraordinaire dans
un fjord en Suède,
sur une plage au Brésil, sur un volcan en Indonésie,
dans un désert en Syrie, dans une
clairière dans la jungle à Angkor ou encore sur une île artificielle au Japon, dans un monastère en
Birmanie...
Au cours de ces voyages, il a, en véritable amateur, enregistré avec
des appareils jetables ou numériques, des instants
de lumière, d’émotion
face au paysage, de surprise devant la beauté d’un
lieu. Alors qu’elles sont tout le contraire de la
lente et complexe élaboration des mises en scène qui constituent l’oeuvre, ces images légères,
immédiates, du “temps d’après” nous
renvoient
cependant à un univers très personnel dans lequel on
retrouve des éléments, comme le fenêtre
par exemple, largement présents dans le corpus principal. Au
moment où l’ensemble de la Maison Européenne
de la Photographie sera entièrement occupée
par la rétrospective Bernard Faucon, la Galerie VU présentera,
pour la première fois ces échos de voyage et les fera dialoguer avec une série d’anciens
et somptueux tirages Fresson conservés par
l’artiste”.
>> Christian Caujolle
“
Toutes les photographies ont été prises, celles qui
ne l’auraient pas encore été le sont en ce moment
par les millions d’objectifs qui enregistrent tout, anonymement, à travers
le monde. Que reste-t-il au photographe qui n’a
pas épuisé son
plaisir de voir ? Collecter des visions, les ordonner
pour construire de nouvelles sensations du voir… J’ai “arrêté la
photographie” il y a
presque 10 ans, parce que j’avais la conviction que c’était
fini, que cette étape de l’histoire de la
photographie dans laquelle je m’étais inscrit, “la
mise en scène photographique”, était
le chant du cygne de la photographie, le dernier stade avant le règne
de l’image pure, numérique, publicitaire. Un moment où l’on
croyait encore suffisamment au pouvoir
de vérité de la photographie pour s’offrir le
luxe de construire des fictions vraies.
Parmi les dossiers images de mon ordinateur, il y en à un
que j‘ai baptisé “Le temps d’Après”...
J’y glisse les images empruntées à mes amis et
toutes celles que je prends sans y penser avec le numérique,
le jetable à portée de main quand une
vision s’impose.
J’ai extrait de ce dossier les images les plus éloignées
d’une intentionnalité photographique, je n’ai
gardé que du “vu”, du “voir”,
et tenté de peindre la toile de fond du monde (moi qui
n’accepte plus jamais d’être photographié)
dans lequel je vis, je voyage, je poursuis ce que je suis, à des années lumières de mon point d’origine
!
>> Bernard Faucon |