L’artiste suédois Jonas Dahlberg
présente à l’invitation du Frac Bourgogne une
nouvelle étape de son projet Invisible Cities, initié en
2004. A travers un film, une projection d’images, un affichage
et l’édition d’un livre, l’artiste nous
propose de regarder ces villes entre 10 000 et 100 000 habitants,
où vivent encore aujourd’hui 550 millions de personnes,
et qui cependant n’ayant aucune réelle particularité,
sont généralement des villes invisibles.
Le Frac Bourgogne a acquis en 2003 une des œuvres majeures de
Jonas Dahlberg (né en 1970) intitulée One Way Street
(2002) et qui comporte de nombreux points communs avec cette exposition.
La construction de paysages urbains, l’intérêt
pour les espaces dans lesquels habite une part non négligeable
de la population aujourd’hui, l’architecture comme signe
de ces modes vie, sont abordés dans les deux cas. Les deux
projets ont d’ailleurs été présentés
dans l’exposition récente de Jonas Dahlberg au Moderna
Museet de Stockholm.
Cette exposition à Dijon est la nouvelle version d’un
développement inauguré en 2004. En effet, Jonas Dahlberg
réalise alors Invisible Cities pour la première fois, à la
Biennale de Sao Paulo, où il représente la Suède.
Comme dans toutes ses expositions il a imaginé pour le Frac
Bourgogne à Dijon un espace architectural précis, dans
lequel le visiteur est amené à pénétrer
pour découvrir l’installation. Celle-ci articule Location
Studies, projection de vues fixes, et le film Invisible Cities. Les
photographies montrent des vues de villes invisibles, dont toutes
les signalétiques mais aussi les fenêtres ont été éliminées.
Le film promène le spectateur dans l’espace de la ville
elle-même, lui donnant l’impression d’être à la
fois observateur et observé.
L’artiste a choisi ce titre en lien avec l’ouvrage d’Italo
Calvino et, tout comme l’écrivain, il souhaite construire
son œuvre comme une architecture, comme « un espace dans
lequel le lecteur peut entrer, qu’il peut explorer, dans lequel
il peut même se perdre, mais éventuellement aussi trouver
le moyen d’en sortir ». Ici, c’est le regard du
spectateur qui anime l’espace car aucun habitant n’est
présent, la ville se livrant dans son évidence architecturale.
Il convient de souligner que Jonas Dahlberg a suivi des études
d’architecture et qu’il trouve dans le monde de l’art
les moyens de poursuivre ses réflexions. En ce sens, Invisible
Cities traite des villes oubliées, des villes
«
entre », oubliées des politiques, des journaux, et des
architectes eux-mêmes. Le regard que porte l’artiste
vise à souligner ce qui rapproche tous ces espaces, et le
spectateur a l’impression de se déplacer dans un lieu
unique, alors que l’artiste a voyagé pendant six mois
d’une ville à l’autre. Etant lui-même originaire
d’une de ces villes, il y porte un regard critique, cependant
non emprunt d’une certaine affection. Par son contenu et sa
mise en espace, le projet Invisible Cities oscille ainsi entre politique
et poétique.
Le mur d’entrée de l’exposition est recouvert
du nom des villes invisibles identifiées dans le monde, comme
une mise en lumière, comme une géographie en négatif.
Le livre inclue un texte de Göran Dahlberg qui tente d’analyser
ce concept d’« invisibilité » et qui témoigne
comment ces villes échappent à tous les critères,
parce que sans qualités, sans traits de caractère particulier.
Mais ce que nous dit ce travail c’est aussi ce à quoi
nous appartenons, la France étant le pays qui a le plus de
communes. Il souligne aussi le décalage qui peut surgir de
la nature du point de vue, de l’échelle à laquelle
on regarde le monde, l’invisibilité de valant pas pour
les habitants eux-mêmes. Cette échelle est très
clairement ici planétaire, à l’ère incontournable
de la mondialisation. Or la familiarité est aussi frappante.
C’est cette étrangeté banale, cette banalité étrange,
que nous livre Jonas Dahlberg, nous invitant à poser un temps
notre regard sur une réalité habituellement invisible.
Texte : Claire Legrand, responsable du service des publics
Cette exposition est réalisée avec le soutien du ministère
de la Culture (Direction régionale des affaires culturelles
de Bourgogne) et du Conseil régional de Bourgogne.
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