Le
travail de Véronique Rizzo, dès 1997, s’appuie
sur une connaissance approfondie des
grands moments de l’histoire de l’art. Principalement tournée
vers l’abstraction (des avantgardes
russes jusqu’à l’op art en passant par l’art
concret ou le Bauhaus...), cette compréhension
précise pose les bases d’une pratique qui redéfinie,
se détache, contredit ou amplifie
ces fondements théoriques. Véronique Rizzo opère à l’aune
des transformations du
monde et des remises en cause, de l’échec ou des réussites
des programmes idéologiques
qui ont accompagnées les abstractions modernistes. Portant un
regard tour à tour ironique
ou partisan sur cette pensée formelle, elle puise son vocabulaire
plastique dans ces
géométries chargées de sens. Que ce soit les motifs
de Vasarely dans sa vidéo Tilos, ceux
de Jean Arp ou Pol Bury dans Gestalt, ils constituent le socle d’un
art qui, à l’heure des
techniques numériques, rejoue ces expérimentations visuelles,
les animent et les mixent...
Car à l’image arrêtée de la peinture succède
le mouvement de la vidéo, et à l’enfermement
de la forme pure et autonome se substitue l’inclusion de motifs
issus de la
culture populaire. Génériques d’émissions
de télévision ou de films des années 1960-
70, BD, science-fiction, cultures urbaines, musiques électroniques,
psychédélisme... Tout
se rencontre et coïncide d’une manière ou d’une
autre dans cette oeuvre de synthèse.
Et puisque les utopies sont tombées sous le feux de politiques
trop rationnelles,
puisque les formes cinétiques se sont fait rattraper par l’industrie
de la
communication de masse, de l’identité visuelle, de la
permanence de l’image,
alors Véronique Rizzo prend acte et joue le jeu du sensoriel
et du sensationnel.
Les (installations) vidéos qu’elle réalise ont
une charge vibratoire qui les placent invariablement
du côté de l’expérience corporelle. Parfois
oppressante (PanopticonXXXX), résonnante
(Tilos), narrative (Labyrinth vert), ou hypnotique (Sun1), elles
disent intensément
la puissance émotionnelle de la forme. Si le travail de Véronique
Rizzo peut être
perçu comme une mise en question, il doit également être
compris comme une affirmation,
celle qui dit la validité du motif sur une réalité physique.
C’est cette force opérante qui
se donne à lire sans détour dans cette géométrie
vivante et sensible. Guillaume Mansart
|