“Dans le cadre, du cadre de l’art” – À vendre,
meublé.
Décoration ? Opération camouflage ? Équivalent
plastique de la “musique d’ameublement” ? Pied
de nez façon Satie ?
Ces miroirs blancs teintés d’ironie, ces fêlures
moulées, ces encorbellements rococos garnis de fleurs encadrant
une géométrie parfaite et composée de cadres
successifs, jouent et déjouent l’art du cadre et… le
cadre de l’art, celui des surrogates paintings, de l’art
tautologique ; ils offrent un humour façon Kolkoz et autre
compagnie.
On le sait, encadrer un cadre, c’est produire du signifiant
; Vitruve souligne à ce sujet, que les Cariatides ploient
sous les architraves des temples, afin de rappeler aux Cariates,
qu’il est dangereux de se soulever contre la Grèce,
un mémo. Les Frères Van Eyck poussent Adam en dehors
du “retable de l’Agneau mystique” -son pied posé sur
le rebord, entre espace réel et espace fictionnel- afin qu’il
témoigne d’une histoire incarnée. Sous Napoléon
III, les cadres glorifient une peinture Pompier ou permettent de
l’oublier. Sautant de siècle en siècle, le cadre
fabrique du sens, penser le cadre chez Fluxus, c’est inviter à en
sortir, à décloisonner les disciplines. Inspirateur
de cette mouvance, John Cage influença également Zaj1,
il agissait sur le groupe tel un catalyseur démoniaque et
invitait à découvrir le son, le silence, l’action,
en laissant advenir l’événement, le bruit et
la fureur. L’art et la vie entraient dans le même cadre,
celui du hors champ.
Tout ornement a une fonction. Alors, des cadres qui encadrent des
cadres ? qui cadrent des portions de murs ? ou d’autres, d’où sortent
des matières brutes : ficelle, métal, ressorts, plastique
? Tant de soin apporté à “l’emballage” engage
peut-être la préciosité de son contenu, signifie
que, tout ce qui environne peut avoir une part de magie. Cette exposition
surjouerait l’artifice, afin de repenser le réel, sa
magie ; serait-elle la galerie de cette République Géniale
imprégnée d’humour Dada, conçue de bouts
de ficelles et de morceaux de bois ?
L’interprétation reste ouverte, l’opera aperta,
occasion à saisir à la galerie Lara Vincy, dans le
cadre de… l’exposition d’Esther Ferrer.
Francine Flandrin, mars 2009
1 Esther Ferrer réalisa de nombreuses performances au sein
du groupe ZAJ jusqu’à sa dissolution en 1996. Constitué en
1964 par trois figures issues de la musique : Juan Hidalgo, Walter
Marchetti et Ramon Barce, -tous trois influencés par les recherches
de John Cage- ce groupe rassemblait des artistes pluridisciplinaires
et anti-franquistes.
Repères biographiques :
Née en 1937 à San Sebastián,
Espagne.
Vit et travaille à Paris.
Elle est surtout connue par ses performances, sa
principale forme d’expression, seule ou au sein du groupe
Zaj avec Juan Hidalago et Walter Marchetti.
Son travail s’est toujours plus orienté vers l’art/action,
pratique éphémère, que vers l’art/production.
C’est ainsi qu’elle fonde avec le peintre J. A. Sistiaga,
dans l’Espagne du début des années 60, le premier
atelier de Libre Expression.
Mais c’est à partir des années 70 qu’elle
consacre une partie de son activité aux arts plastiques :
photographies retravaillées, installations, objets et des
tableaux basés sur la série des nombres premiers.
Son travail s’inscrit dans un minimalisme très particulier
que l’on pourrait définir comme la “rigueur de
l’absurde”. Elle dit, mais seulement quand on le lui
demande, que toute performance est “art de l’espace,
temps et présence”.
En 1999, elle a représenté l’Espagne à la
Biennale de Venise.
Elle a reçu cette année le Prix National des Arts
Plastiques décerné par le Ministère de la Culture
en Espagne.
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