Comme son nom l’indique : Electronic Shadow
- le couple d’architecte (Naziha Mestaoui) / réalisateur
(Yacine Aït Kaci)
- s’intéresse aux développements des technologies
numériques et à l’avenir de nos corps. Cette équipe
hybride
explore les territoires aux confins de l’image, du temps, de
l’espace, de la fiction, des réalités virtuelles
(des représentations intégrales dirait Claude Cadoz)
et de l’intelligence (naturelle et artificielle). Tout sauf pessimistes
quant à l’avenir de l’homme, ils aiment à penser
- et surtout - créer des « milieux » où le
plaisir de la vue flirte avec celui des sensations corporelles ; ils
réalisent des environnements où nos ombres seraient autonomes
et vivraient la synthèse accomplie entre un monde totalement
numérique et notre intelligence cérébrale. Leur
problématique principale pourrait être formulée
de la sorte : dans un avenir électronique, déjà présent,
où toutes
les choses sont dématérialisées (reste l’ultime
corps humain mais pour combien de temps ?), comment sauvegarder l’intelligence
humaine organique, c’est-à-dire l’esprit, la raison,
dans une civilisation numérique ? Comment donner de l’épaisseur à un
monde devenu un peu trop lisse ?
Au Transpalette, Electronic Shadow installe plusieurs environnements,
regroupés sous le titre Archipel, où le visiteur/spectateur/acteur
- c’est selon le désir et l’aptitude de chacun à vouloir « rentrer » dans
l’oeuvre ou juste à l’effleurer - déambule,
circule et se connecte. Il est un « code source » du réseau
ainsi créé. Plusieurs installations
de différentes échelles habitent l’espace et fonctionnent
individuellement et collectivement. Dans le souci de nous noyer, au
sens propre comme au sens figuré, dans un espace hybride - intermédiaire
-, Electronic Shadow nous rappelle William Gibson, le père du
roman cyberpunk, lorsqu’il affirme ne jamais s’intéresser
directement à la réalité, parce que celle-ci ne
révèle jamais rien si l’on n’inspecte pas
aussi ses ombres, ses recoins, ses effets cachés au-delà des
apparences1. Méfiez-vous du réel ! Rassurez-vous, vos
ombres veillent sur vous.
Christophe Le Gac
|