Raphaël
Boccanfuso se faufile dans les paradoxes du lieu de l’art,
confrontant de façon abrupte les modes de représentation,
les citations et les hommages à un réel qui engage
tous les sens.
Par détournement des protocoles de diffusion et de production,
ses actions cherchent à désacraliser l’art
et ses présupposés. Raphaël Boccanfuso, pirate
culturel et VRP de son propre travail, jette un pavé dans
la mare brisant au passage nos dernières illusions.
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Cher Didier Lamandé,
Je tiens à vous remercier, une fois encore, pour votre invitation à venir
découvrir le domaine du Dourven et son espace d’exposition.
J’y montrerai donc mon travail, un ensemble de pièces,
pour l’essentiel, inédites et réalisées
sur place.
Voici comment je vois les choses et comment je pourrais
les faire voir. Soit, la galerie, avec ses larges baies vitrées, offre un vaste panorama sur la mer :
un format marine hypertrophié, pour nos amis les peintres.
Cependant, il me semble qu’à contempler le paysage depuis
l’intérieur, pris du mauvais côté de l’aquarium,
comme si l’étendue de l’ouverture et la profondeur
du champ visuel étaient proportionnelles
à
la sensation d’exclusion qu’elles génèrent,
la mer n’est définitivement pas là. Ce n’est
pas la même expérience qu’être pris dans
son sel et moulé dans sa masse liquide, pour cela il faut
s’y plonger ! Elle ne peut être derrière une vitre,
un écran. Les vitrines, les boîtes, les bocaux et toutes
ces choses que l’on trouve dans les musées puent le
formol et la mort ! La mer est bien vivante, elle ! La mer, c’est
l’air qu’elle déplace, sa respiration et les sons
qu’elle produit, toute chose absente depuis ce point de vue.
Considérons donc que les surfaces vitrées
du centre d’art, ce que tu nommes ”la machine à voir ”,
font écran à la réalité. Il faudrait
faire dérailler ” la machine à voir ” comme
on couperait les jarrets d’un trop beau cheval de course. L’image
d’une pipe ne mettra jamais le feu à la maison. La réalité,
il faut sauter dedans à pieds joints, mettre les deux pieds
dans le plat, la mettre à l’épreuve, et la tâter
sérieusement, avec application ! Il faut passer à l’acte
! Et pourquoi ne pas briser l’écran, la faire entrer
brutalement dans l’espace d’exposition par effraction?
Franchir le pas, et se laisser envahir par la réalité du
paysage vécu.
De l’eau, de l’air, vite ! un pavé de
granit rose pour caillasser les vitres ! Le dedans enfin dehors,
partie prenante du paysage, retourné comme la chaussette d’une
fin de journée, au pied du lit.
La vocation du centre d’art, son orientation et son axe de
réflexion sont le rapport au paysage, le site exceptionnel
le réclame, je comprends. J’ai pris l’habitude
de faire où l’on me disait de faire ; il y a Lucio Fontana,
son cutter et ses fentes, Saburo Murakami, ses pénétrations
et son ”veuillez entrer s’il vous plaît”;
et bien, moi aussi, je suis peintre, dans la tradition, et mes outils
sont les pavés et le pied-de-biche et mes supports les fenêtres
et les portes.
Rendez-vous est donc pris pour le samedi 5 avril à 18 heures
précises, qu’on respire enfin !
Et sinon, VA VOIR DEHORS SI J’Y SUIS !"
Raphaël Boccanfuso, le 15 février
2008
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