« Dans ses oeuvres les plus récentes,
Hrafnkell Sigurdsson traite fréquemment du thème du
gaspillage en se référant à l'emballage, ce
signe flagrant de la société de consommation. Son triptyque
récent en est un exemple parfait. Étymologiquement
un triptyque veut dire plié en trois, qui en fait une espèce
d'emballage autour de soi-même, car il manque l'objet enveloppé.
Pour le laïque un triptyque est donc une simple couverture vide, égale
aux images publicitaires des papiers et des plastiques en couleur
arc-en-ciel, qui apparaissent en presque symétrie dans l'oeuvre
de Sigurdsson quand les volets se rabattent sur la partie du milieu.
Les associations sont multiples, même si en matière de
signification rien dans ces oeuvres se laisse fixer pour de bon. Le
papier d'emballage nous renvoi directement à l'exemple de Freud,
dans son « Malaise dans la Civilisation » de 1929.
Les papiers épars, qui jonchaient les chemins de la forêt
de Vienne et que le psychiatre prit comme indice incompatible avec
l'état civilisé, sont néanmoins les signes les
plus flagrants de notre civilisation. Peut-être c'est triste
mais c'est pourtant dans les détritus que nous nous élevons
au-dessus des autres bêtes. Celui qui remplit au plus vite
le dépôt d'ordures est le plus estimé et par
conséquent le plus civilisé. C'est de l'autre côté de
cette germination matérielle, ou derrière elle plutôt,
qu'apparaît la réalité spirituelle, dans une
terre désolée sous la neige, qui nous renvoi au célèbre
poème d'Eliot de 1922, pas moins une expression déconcertante
d'un malaise culturel que Sigurdsson en tant qu'Islandais, a éprouvé tout
récemment par l'aménagement monstrueux des deux grandioses
rivières glaciales à l'est du pays dans la plus vaste
région vierge en Europe. Avec le barrage le plus élevé du
continent on peut fournir une usine d'aluminium sur place avec suffisamment
d'énergie pour produire tout l'emballage qu'il faut pour satisfaire
le monde entier. Mais ce n'est pas seulement de cela que le triptyque
de Hrafnkell Sigurdsson parle, mais aussi, d'autres lectures cachées
au sein de cette oeuvre suggestive.»
Halldór B jörn Runólfsson
Hrafnkell Sigurdsson est né en 1963 à Reykjavik, Islande
et vit à Reykjavik. Il a étudié en Islande et
en Hollande et a reçu un diplôme de Goldsmith Collège,
Londres en 2002.
Avec le concours du Centre National des Arts Plastiques,
Ministère
de la culture et de la communication (aide à la première
exposition) |