Etcetera… est ce qui n’a pas besoin
d’être défini.
Quelque chose qui vient après et qui n’est pas déterminé,
c’est l’autre nom du futur.
Etcetera… du mot latin « et » et de « cetera/ceterum », « le
reste ». Le mot utilisé pour interrompre
le discours en suggérant l’omission de ce qui devrait être
dit. Aussi représenté par l’abréviation
etc.
Etcetera… est le mot qui fracture le système linguistique.
Etcetera… termine et inaugure le discours.
Etcetera… existe dans toutes les langues, c’est pourquoi
c’est un allié dans le monde entier.
Etcetera… est le moment présent et ses membres ne peuvent
pas être comptés.
Etcetera… est singulier et pluriel, femelle et mâle.
Etcetera… peut être additionné, soustrait, divisé et
multiplié.
A la fin de l’année 1997, quelques artistes âgés
d’une vingtaine d’année ressentent le désir
collectif de former un groupe et de faire partie d’un mouvement
qui puisse interagir avec
différents contextes sociaux.
L’action d’amener l’art dans l’espace public
des manifestations était pour eux aussi importante
que celle de déplacer le conflit social vers d’autres
contextes où le contenu politique était oblitéré par la lourde industrie culturelle et par sa gigantesque machine à événements.
Etcétera... est né en réponse à un moment
politique spécifique. Il avait surgi d’un besoin
inconscient de créer une identité générationnelle,
comme une réaction à la colonisation du champ
de la culture par les règles du marché neo-libéral
qui avait pris place dans les années 1990.
Deux expériences ont profondément marqué son identité :
pendant l’hiver 1998, une maison
abandonnée fut occupée par le collectif. Le bâtiment
s’est avéré être l’ancienne imprimerie
de l’artiste
surréaliste Juan Andralis (1924-1994) qui pendant les années
1950 avait fait partie à Paris
du groupe d’André Breton et qui, une fois rentré à Buenos-Aires
créa cet atelier et une maison
d’édition.
Ce bâtiment situé dans le quartier d’Abasto fut
transformé en laboratoire, en auditorium et en
librairie, dans le but de vivre des expériences de « des-éducation » et
d’autonomie possibles et
partagées. Après la trouvaille des archives surréalistes,
le groupe pose au coeur de sa recherche
et de son expérimentation l’autodidactisme et l’investigation
des liens entre l’art et la vie.
L’autre expérience qui marqua Etcétera… fut
la participation, avec le groupe H.I.J.O.S (Enfants
pour l’Identité et la Justice contre l’Oubli et
le Silence), à l’organisation des Escraches. Les
Escraches sont des pratiques qui consistent en des visites aux habitations
des tortionnaires de la
dictature militaire restés impunis, pour attirer l’attention
des voisins et des passants au moyen de
performances et d’actions symboliques. Dans cet espace politique
et théâtral, la lutte pour la
justice et la mémoire créa une occasion pour l’hybridation
et l’élaboration de changements
sociaux. Voisins, étudiants, artistes et organisations politiques
pouvaient échanger leurs vues au
sujet de leurs différentes stratégies et de leurs imaginaires
respectifs autour d’un terrain d’action
commun. Cette expérience se transforma en un précieux
laboratoire sur les formes du
militantisme.
Après dix ans de travail et de lutte, Etcétera… continue à remarquer
les mêmes inégalités, celles ci étant aujorud’hui
masquées par une confusion politique
croissante. Le travail et sa position
inconfortable semblent maintenant plus nécessaires que jamais.
En brouillant les frontières entre
sculpture et performance, entre art et action politique, entre poésie
et réalisme, Etcétera… libère
un espace pour questionner nos habitudes, nos catégories de
jugement et leurs conséquences
sur le plan social. La construction de leur cartographie psycho-géopolitique
du présent touchera
Paris quarante ans après Mai 68, non pas pour une commémoration
ni pour un geste nostalgique,
mais pour revendiquer que tout espace de liberté doit être
activé et questionné, aujourd’hui
autant qu’hier, à Paris autant qu’à Buenos-Aires.
Avril 2008
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