« Tous les motifs des tableaux, s’ils
veulent faire un effet, doivent avoir une intensité profonde
de silence, un silence plein ou vide ». Luc Tuymans.
«
L’homme ne vit que pour apprendre à regarder »,
dit Plotin. Regarder quoi? Que tout est impermanent, que toutes les
formes sont vides, que tout est troué, ou est-ce parce que tout
est impermanent, parce que tout phénomène est fait de
trous et de vide qu’il y a du regard ?
Il y a 3, 4 ans
mon travail de peintre pouvait se résumer à des
transcriptions, reports d’images empruntées, saisies
sur le web, présentées isolées, hors contexte,
réduites à leurs seules qualités plastiques,
leurs potentiels d’abstraction.
Mes images de référence, quoique indicielles, de faits
avérés (explosion nucléaire, accident de la
navette Discovery, déflagration de bombe sur Bagdad, tir de
missile), n’en restaient pas moins, pour moi, malheureusement,
des images génériques. Elles étaient extraites
de ce stock exponentiel d’images disponibles sur le réseau.
Ma démarche tenait moins au souci de ressemblance face aux
modèles qu’à des questions d’extraction,
de méthode, et d’enregistrement. Petit à petit
cette iconographie violente mais distanciée s’est effacée,
pour laisser place à quelque chose de plus silencieux, ténu,
et abstrait.
La méthode a changé, les procédures se sont
simplifiées mais la trame structurelle de mes tableaux est
demeurée
Mon vocabulaire formel depuis reste le même, primaire. La trame
comme structure et le point, substitut du pixel, continuent à m’obséder.
La primauté de ce seul signe, organisé sur une trame
orthogonale sous-jacente pose toujours, à des degrés
divers, le problème de la lisibilité, de la
distance entre le signe et son rapport à la représentation
mimétique.
Qu’est-ce qu’une image ? Qu’est ce qu’une
peinture? Peut-on concilier les deux,
peut-on délier ce présupposé antagonisme ? Ces
questions sans réponse, semblent être encore au coeur
de mes préoccupations.
Mon travail actuel tend de plus en plus à s’affranchir
du châssis, pour se déployer et s’insérer
dans l’espace. Les tableaux ne sont plus pensés comme
autonome mais réfléchissent leurs lieux d’insertions
au sens propre et figuré.
Récemment un axe nouveau est apparu intrinsèquement
présent dans les constituants de mes tableaux, le décoratif.
Cette logique ornementale n’est plus considérée
comme une « part maudite » mais comme une nouvelle donne.
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