C'est
une première. Et pour le musée
d'art contemporain de Sérignan, et pour la famille Crumb :
Robert, le père (qui vient sans son animal préféré,
Fritz le chat), Aline, la mère, Sophie, la fille, et Maxon,
frère de Robert.
Il aura fallu beaucoup de démonstration d'enthousiasme à André Gélis,
maire de Sérignan, pour convaincre les Crumb d'exposer ensemble.
Mais comment ne pas déployer toute la persuasion nécessaire
quand on a la chance de franchir le seuil de la demeure gardoise
des Crumb.
C'est déjà un musée plein de vie qui domine
magnifiquement le Vidourle. « André Gélis est
quelqu'un qui a la passion de l'art et qui s'y investit beaucoup,
reconnaît Aline. Nous aimons bien les gens comme lui. »
C'est une expo d'un auteur
suédois, Oyvind Fahlstom, inspiré par
Robert Crumb, qui a créé le lien. « A la suite
de cette première exposition où des dessins de Robert étaient
présentés, André Gélis est venu à la
maison et nous a proposé de venir en famille dans le nouveau
musée », raconte encore Aline.
Et chez les Crumb, la
famille, si ce n'est pas sacré, c'est
au moins un phénomène artistique rare. Si l'on met à part
Maxon et sa peinture abstraite ou les tableaux vitrines très
kitchs et très personnels d'Aline, c'est le dessin qui unit
père, mère et fille. Car c'est le dessin qui a fait
se rencontrer Robert et Aline, et c'est encore le dessin qui est
le plus bel héritage de Sophie. Et dire qu'elle l'a dans la
peau, ce n'est pas qu'une image puisqu'elle pratique aussi l'art
du tatouage tandis que, dans son style propre et déjà affirmé,
elle affiche une belle parenté dans le coup de crayon. « Le
dessin, c'est notre vie », dit Aline. Leur oxygène.
Une drogue ?
Chez les Crumb, on dessine
en famille et ce n'est pas, là non
plus, une image. Il faut avoir bon œil pour détecter,
dans les BD signées en commun, jusqu'où va le travaille
en commun. « Avec Robert, explique Aline,nous sommes comme
deux acteurs qui se répondent sur scène. Robert se
représente dans une situation puis je me dessine à mon
tour en lui répondant. On part sur une histoire et on improvise.
Quand il arrive que Sophie est représentée, c'est elle
aussi qui se dessine sur la planche. » C'est dire jusqu'à quel
point les Crumb s'impliquent dans l'autocaricature et l'autodérision
qui est le plus souvent la règle dans leurs créations.
Une autocaricature qui verserait dans un exhibitionnisme très
en vogue aujourd'hui si leur objectif n'était pas, plus que
de se montrer, nous tendre un miroir où l'on peut se retrouver.
« André Gélis a demandé qu'on présente
aussi des dessins érotiques », souligne Robert en s'amusant
de la chose. Il en est quelques-uns qui ont soulevé le cœur
des puritains en leur temps. A Sérignan, ils vont faire sourire,
tout au plus. Ils ne représentent finalement qu'une infime
parcelle de son génie. Celui d'un sage, esthète tourmenté de
savoir, et nostalgique jusqu'à la mélancolie d'un nouveau
monde qu'il vit aussi à travers la musique. Celui du jazz
et d'un musette cache-misère qui illuminaient de rêve
les bars enfumés des grandes cités américaines.
Robert Crumb avait sa
mandoline et son banjo pour un concert improvisé,
hier soir lors du vernissage de l'expo à Sérignan.
C'est aussi une symphonie du bonheur familial qu'il orchestre, dont
le ciment est autant l'art que l'amour. Et même l'amour de
l'art.
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