Latifa Laâbissi, chorégraphe, propose
un solo dans un espace quotidien, ou plus précisément
chez les habitants d’une ville. Elle a mis en place un protocole.
Après un repérage, une dérive dans la
ville, elle diffuse une petite annonce dans les journaux locaux et
sur des panneaux prévus à cet effet
dans quelques magasins : « Artiste chorégraphe recherche
un habitant qui accepterait d’accueillir chez
lui un projet de danse. La proposition est gratuite et nécessite
2 heures de disponibilité. Pour plus de
renseignements, vous pouvez contacter le 06 .. .. .. .. »
Suite à une première rencontre téléphonique,
lors de laquelle elle décrit son intention et sa
manière de procéder, Latifa Laâbissi se rend chez
l’hôte de sa danse. Après un échange et une
visite
de l’habitation, elle définit l’espace où le
solo s’inscrira (la salle à manger, un couloir, la cuisine).
En
ce temps, elle observe la manière qu’a son hôte
d’ouvrir son intimité, sa « maison », son « chez
lui» à
un étranger et de lui céder un espace pour le recevoir.
Sans rien changer à son agencement, elle
s’attarde alors dans cet espace, l’investit. Elle laisse à son
hôte le soin de décider d’assister ou non au
déploiement de sa proposition.
Latifa Laâbissi est accompagnée de Sophie Laly, vidéaste
et de Jocelyn Cottencin, artiste et
graphiste. Les films et les photographies réalisés constituent
la matière pour la suite du projet : des
séances de visionnage des films chez certains des habitants,
pour les regarder ensemble, c’est-à dire
une rencontre entre l’équipe artistique, les habitants
et leurs invités, un moment commun et une
discussion autour de cette expérience. Le cadrage est un plan
fixe sur un espace et ses objets dans
lequel la chorégraphe rentre pour un solo d’une durée
de 10 min. Une fois terminé, elle disparaît dans
le hors champ.
Danser chez quelqu’un, filmer cette danse, pénétrer
l’espace de l’autre engendre une variété des comportements. Du partage de l’intime au sentiment d’intrusion, à l’étonnement,
la chorégraphe
rencontre l’autre et sa manière d’arranger son lieu
de vie. Sa gestuelle qui rompt les figures quotidiennes
de ces lieux, son statut d’étrangère, suscitent
chez ses hôtes des récits singuliers dans lesquels chacun
s’invente et à laquelle se joint leur idée de la
danse. Cette invitation peut créer des petits états de
chocs, des silences. L’hôte est témoin de cet usage
nouveau de son propre espace et du déplacement de
ses attributions habituelles ; différentes couches de son réel
s’y entremêlent : évocations, projections,
fictions, souvenirs.
Pour Habiter à Rennes, Latifa Laâbissi invite Nadia Lauro à concevoir
un espace pour la criée,
qui deviendra un potentiel de fiction, un espace à habiter par
le public. Latifa Laâbissi pense également
ce projet avec des architectes et des théoriciens.
I Hear Voices_installation de Nadia Lauro
Scénographe et artiste visuelle, Nadia Lauro développe
son travail dans divers contextes :
performance, architecture du paysage, mode. Les espaces de différentes
natures qu’elle conçoit
sont des dispositifs scénographiques, des environnements,
des installations visuelles, des espaces
scénarisés ou des «décors vivants».
Collaboratrice des chorégraphes et performeurs Vera Mantero,
Benoît Lachambre, Frans Poesltra, Jennifer Lacey et Barbara
Kraus, Nadia Lauro est aussi à l’origine,
avec la paysagiste Laurence Crémel, de l’association
Squash Cake Bureau -scénographie et paysage- au
sein de laquelle elle conçoit des installations paysagères
et du mobilier urbain.
toute la durée de l’exposition. C’est
un espace immersif, entre « jardin mental » et « salle
d’échauffement pour public », qui sera scénarisé de
façon spécifique pour généner des manières
de
voir et d’être ensemble inédites.
Ce projet de Nadia Lauro s’inscrit dans une série de
performance-installations avec Tu montes?
(Ménagerie de verre, Paris, 2002 - Kanagawa Art Center, Yokohama,
2003), As Atletas (Fondation
Serralves, Porto, 2003 - Lausanne Jardin 2004), et I Hear Voices
(Kaaitheater, 2006, Bruxelles - la criée
centre d’art contemporain, 2007 - Spring wave, Seoul, 2007)
Conférence - débat « L’espace public PORTES
OUVERTES »
avec Constantin Petcou et Doina Petrescu, aaa - atelier d’architecture
autogérée
De plus en plus de grillages, de caméras de surveillance,
de policiers et de digicodes contrôlent
le fonctionnement des espaces dits « publics » : squares,
rues, espaces verts, terrains qui séparent les
immeubles collectifs… L’espace public est ainsi privatisé,
sans qu’il devienne vraiment un espace privé,
mais plutôt un non-lieu.
À
travers des tactiques adaptées aux dimensions sociales, culturelles
et politiques de
chaque contexte d’intervention, les projets de l’atelier
d’architecture autogérée (aaa) interrogent la
(re)constitution critique de l’espace public aujourd’hui,
ses usages, ses pratiques et ses potentialités.
Ils explorent, entre autres, la réappropriation des espaces
délaissés et la création de nouvelles formes
d’urbanité par des aménagements réversibles,
des pratiques du quotidien, par l’implication des habitants
et des usagers en tant que porteurs de différents savoir-faire.
Créé en 2001, l’atelier d’architecture
autogérée est une plate-forme collective de recherche
et
d’action autour des mutations de la ville contemporaine.
aaa propose la constitution d’un « espace d’intervention
citoyenne » en matière d’aménagement de
la
ville, au croisement de multiples points de vue : habitants, architectes,
urbanistes, sociologues, artistes,é
tudiants, chercheurs, retraités, politiques, chômeurs,
militants et tous usagers concernés.«
Le Voyage d’hiver », lecture performative de Fanny de
Chaillé d’après Georges Perec (15 min)
A l’origine, un texte de Georges Perec découvert par
hasard, assez peu connu et une idée
incongrue : retranscrire ce texte avec des synonymes en respectant
le sens de celui-ci.
Une performance s’impose rapidement; il s’agit de lire à haute
voix la version synonymique pendant que
le texte original de Perec défile en simultané, tel
un générique sur un écran.
Le sens du texte est perturbé ou enrichi par la retranscription
mais aussi par la multiplication
des sources : alors que l’on entend une voix donner une version
du texte, un texte qui veut dire à peu
près la même chose défile sur un écran.
A un moment précis la retranscription orale bascule dans le
non sens, la logique sémantique n’est plus respectée,
et une course s’établit alors entre le texte lu et
celui qui est donné à voir.
Aujourd’hui, à l’initiative de Latifa Laâbissi,
une nouvelle version s’ajoute aux deux précédentes,
par la présence d’une traductrice en langue des signes. |