« Rainier Lericolais utilise des matériaux “éminemment
précaires” : le carton, la colle, les images glanées
pour leur évidente beauté ça et là dans
la presse féminine. Il privilégie également le “low-tech” par
la mise
en oeuvre ingénieuse et subtile de procédés, “de
petites solutions” dit-il. Celles-ci, bien que pleinement
maîtrisées, laissent la part belle au hasard et à l’effet
de surprise. Lericolais multiplie, avec rigueur et
légèreté, les expériences : il fabrique
d’éphémères et graciles sculptures en carton,
il dessine à la colle
d’élégantes silhouettes ou des paysages panoramiques
translucides et colorés, il peint à l’eau ou au
trichloréthylène les photographies glacées des
magazines, etc. » Lionel Balouin
Pour son exposition à la Galerie Frank Elbaz, Rainier Lericolais
propose un ensemble de nouvelles pièces :
des dessins, des peintures et des sculptures, qui ont pour point de
départ la photographie, le cinéma, la
musique, et surtout cette réflexion sur les matériaux
et leur poésie intrinsèque.
Le parcours commence avec la série Bootlegs, des empreintes
de disques sur aluminium. Pour réaliser ces
pièces, Lericolais associe deux disques vinyles (33 et 45 tours),
dont les formes sont imprimées sur
l’aluminium, comme mémorisées par le matériau
fragile et léger. Ces « gravures en bas-relief » renversent
le
procédé de pressage des disques, en le révélant
en creux ou en relief (suivant le point de vue). Et quand on
sait que l’artiste est aussi musicien, ce mix de deux disques
d’une part, et le croisement des disciplines
d’autre part prend tout son sens.
Avec Mariées, un grand dessin à la colle composé de
quatre mariées reliées par leurs chevelures (femmes
aussi belles que monstrueuses), Rainier Lericolais part d’une
photographie pour aller vers le dessin, ou
plutôt ce qu’il en reste. Il dessine des silhouettes à partir
de magazines, en révèle certaines parties, en
oblitère d’autres et fond le tout dans des volutes à la
sensualité baroque.
Les Tentative de moulage d’eau, sculptures en paraffine coulée à l’aveugle
dans de l’eau, apparaissent
comme des formes baroques dues au hasard, réduites à l’impossibilité de
réaliser le programme annoncé par le titre.
Le dessin à nouveau, dans ce qu’il a de plus graphique,
apparaît dans le grand Oscillogramme composé de
bandes de plastique noir, installées directement sur le mur
blanc. Pièce cinétique devant laquelle il faut se
déplacer pour la rendre vivante et vibrante, elle renverse les études
photographiques de Muybridge et de
Marey sur la décomposition du mouvement, qui ont ouvert la voie
au cinéma. Dans ces recherches de la fin
du XIXe siècle, des photographies prises à quelques millièmes
de secondes d’intervalle créent une image
en mouvement. Ici, les bandes de plastique identiques et répétées,
avec un subtil décalage dans leur
accrochage, se mettent en mouvement par le regard et le déplacement
du spectateur.
Les « dépeintures », ou comment peindre sans peinture.
Rainier Lericolais peint avec de l’eau des portraits
de musiciennes et d’actrices sur des images préexistentes
photocopiées, procédé qui se transforme en
aquarelle quand l’encre de la photocopie est diluée par
l’eau. Ici encore tout n’est pas ici maîtrisé :
le
matériau s’émancipe du contrôle de l’artiste.
Enfin Partition, photographie d’un dessin d’onde sonore,
est réalisée par l’artiste sur le même principe
que
ses compositions musicales.
Né en 1970 à Chateauroux, Rainier Lericolais vit et travaille à Paris.
Principales exposition : 2007 Airs de Paris, Centre Pompidou, Paris.
Re-trait, Fondation Ricard, Paris. The Sound of
Music, Broelmuseum, Courtrai. Château de Jau (solo). 2006 Lovely
Shanghai Music, Zendai Museum of Modern Art,
Shanghai. Deaf, galerie frank elbaz, Paris. Liaisons excentriques,
Domaine de Chamarande. Galerie Decimus Magnus
Art, Bordeaux (solo). Galerie des Beaux-Arts, Tours (solo). 2005 Popisme épisode
IV, Galerie des Beaux-Arts, Tours.
Contrée, Frac Poitou-Charentes, Angoulême. 2004 Bienvenue à Entorpia,
Centre National d’art et du Paysage,
Vassivière. Loredana Sperini, Rainier Lericolais, Dina4Projekte,
München. 20 Jazz Punk Great, Librairie Florence Loewy,
Paris (solo).
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