L’Institut d’art contemporain présente
la première exposition rétrospective de Jef Geys en
France.
Né en 1934 à Léopoldsburg, Jef Geys vit et travaille à Balen
(Belgique). Considéré en Belgique comme l’artiste
le plus important de sa génération, Jef Geys reste un
artiste atypique, encore peu connu du public, malgré son parcours
international : Pori Art Museum, Pori, Finlande, 2005 ; Van Abbemuseum,
Eindhoven, 2004 ; Documenta 11, Cassel, 2002 ; Le Collège-Frac
Champagne-Ardenne, 1995 ; Palais des Beaux-Arts, Bruxelles, 1992 ;
Biennale de São Paulo, 1991.
Jef Geys
Apparu sur la scène artistique au début des années
60, Jef Geys conduit toute son œuvre comme un vaste projet évolutif
qui conjugue attitude conceptuelle, activité pédagogique
et expérimentations plastiques.
Dès les années 60, Jef Geys travaille à décliner
des formes possibles d’apprentissage en mettant à profit
son rôle de professeur d’art plastique à Balen.
L’école de Balen, où il enseignera jusqu’en
1989, est alors une sorte de laboratoire à la fois pédagogique
et artistique, d’activités polymorphes qui croisent
le social, le politique et l’esthétique, tout comme
les expressions majeures et mineures de l’art – en somme
un nouveau petit « Bauhaus ». Jef Geys conçoit
des « images-formes » : des formes dont la simplicité structurelle
est inversement proportionnelle à la charge symbolique (étoile à cinq
branches ou pentagramme, étoile à six branches ou hexagramme…).
Il crée alors de nombreuses « boîtes » qui
constituent le plus souvent des cadres de référence
dans sa production, autrement dit des œuvres-matrices, propices à l’expérimentation
de formes et appelées à se ramifier dans le temps (Boîtes
de jeux sensoriels, Album à colorier, 1963-65, Sachets de
semences, 1963-89, Etoiles…). Dès cette époque,
différentes séries en bas-reliefs laqués déclinent
des formes épurées qui transposent des préoccupations
modernistes dans des représentations triviales du quotidien
(Poupées, Fruits, Légumes et art comestible, Choux,
Quilles, etc.).
Cette dimension d’inventaire, omniprésente dans toute
l’œuvre de Jef Geys, se retrouve également dans
Lapin rose robe bleu, qui collecte depuis les années 60 les
photographies de ses élèves, dont il camoufle et fragmente
les portraits. Les œuvres sont alors conçues comme des
projets de vie qui incorporent la réalité biographique
de l’artiste.
Dans le même temps, Jef Geys explore des pièces en
volume à la frontière entre sculpture et architecture
(Tentes-sculptures, par exemple) : des structures architectoniques
déplaçables, à dimension humaine, qui l’amèneront à construire
en 1977 une maison habitable de ses propres mains, avec des matériaux
récupérés, puis au projet monumental Casa présenté à São
Paulo en 1991. Ces productions matérialisent l’intérêt
de Jef Geys pour le nombre d’or et la théorie des proportions
et ses recherches sur la mesure et le corps.
Depuis 1971, le journal d’information Campinois, Kempens Informatieblad,
accompagne toutes les expositions de Jef Geys. Cette parution est
caractéristique de la démarche de l’artiste,
dans le sens où elle combine une modalité conceptuelle
(avec primauté textuelle), l’inclination de l’artiste
pour le canevas et le camouflage, tant de formes que d’idées
(ici les données artistiques personnelles s’infiltrent
dans les informations collectives) et son goût pour la mobilité et
la dissémination de l’œuvre. C’est en cela
que le travail de Jef Geys est aussi traversé par le « récit » autobiographique,
mais un récit qui brouille et démultiplie ses identités,
crypte ses langages et se faufile dans la vie courante, à rebours
de toute sacralisation contemplative.
Constamment hybride, l’œuvre de Jef Geys a la particularité de
se construire sur un héritage moderniste – notamment
celui du Bauhaus – tout en développant le goût
de l’artiste pour la dimension ordinaire du réel. Ainsi, à l’encontre
d’une forme et d’un langage hégémoniques,
Jef Geys invente une forme de conceptualisme débridé.
L’exposition
L’exposition conçue par Jef Geys pour l’Institut
d’art contemporain réunit la plupart des composantes
de son travail : l’archive et l’autobiographie, l’architecture
et les formes matricielles, la préoccupation du vivant, le
corps, la pédagogie.
L’éclairage exceptionnel donné par cette exposition
est de présenter pour la première fois la totalité des
parutions du Kempens Informatieblad, lequel traverse toute l’œuvre
et la vie de Jef Geys.
Le visiteur se retrouve ainsi, dès la première salle
de l’exposition, dans l’espace foisonnant d’archivage
des Kempens Informatieblad – double archivage en l’occurrence
: couvrant les murs et entreposés sur des tables en bois.
Sont ici contenus tous les fondements de l’œuvre de Jef
Geys, qui vont se décliner dans les salles suivantes de l’exposition,
elles-mêmes « contaminées » par la présence
référentielle régulière de pages du journal.
Le Kempens Informatieblad IAC Villeurbanne, édité pour
l’occasion, condense de manière inédite toutes
les couvertures des Kempens déjà parus. Selon la volonté de
l’artiste, et dans une logique de dissémination, tous
les exemplaires – l’ensemble des stocks de l’artiste – des
Kempens Informatieblad sont diffusés, voire distribués,
au public pendant la durée de l’exposition.
Jef Geys accomplit par là un geste fort s’apparentant
au don de toute une vie.
Autour de ce support nodal, de cette « œuvre-vie »,
s’articulent dans l’exposition différentes approches
de l’artiste et nombre d’œuvres qui composent une
sorte de vaste « plan de travail » – avec le film
de la Documenta, Questions de femmes, Livre (blanc), etc. – et
mettent particulièrement en exergue, moins les finalités
plastiques, que la procédure de création elle-même
de Jef Geys.
L’exposition de Jef Geys ne se livre pas comme un catalogue
linéaire de ses œuvres mais se déroule comme une
grille de travail, qui, bien que régie par une rigoureuse
organisation interne, à la fois déploie et entremêle
des formes d’expression très diversifiées (des
plus classiques aux plus contemporaines) et des problématiques
artistiques, biographiques et universelles. Un entrelacement complexe
et codé, un ensemble de ramifications, qui, à l’image
de la croissance biologique, se dérobent à toute transparence
de lecture et à toute maîtrise d’un devenir.
Commissaires de l’exposition :
Roland Patteeuw, Directeur de la Kunsthalle Lophem (Belgique)
Nathalie Ergino, Directrice de l’Institut d’art contemporain
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