L'exposition Wallis et Futuna,
puisqu'on s'est autoconsommé, se veut une synthèse des réflexions
de Manuel Bujold. L'artiste interroge depuis plus de trois ans la
ville, l'habitat, l'environnement urbain et l'impact de la publicité.
L'histoire de l'art a montré que la ville, en tant que modèle,
s'est révélée en des représentations
particulières au travers des regards des artistes. À juste
titre, les œuvres de Bujold issues de la mise en question de
la ville, proposent un regard neuf sur le paysage urbain où tout
repose principalement sur une question de perception. L'artiste multidisciplinaire,
qui investit également la ville en réalisant des interventions
urbaines, a choisi pour cette exposition la peinture et la photographie
comme véhicule de ses réflexions contemporaines.
Vedute des temps modernes *
Les tableaux mettent en scène des paysages épurés,
principalement structurés par la couleur où des formes
y sont suggérées et presque abstraites. La composition
est classique et l'accent est mis sur l'espace supérieur et
sur l'ambiance des tableaux. Bien qu'il s'y trouve quelques éléments
abstraits et une présence de structures publicitaires, les
paysages de Manuel Bujold sont en quelque sorte de grands espaces
vides où court la plaine. Le point de vue emprunté par
l'artiste pour dépeindre l'immensité du paysage rappelle
celui de la veduta.
Par définition, les vedute sont des représentations réalisées
de vues d'une région ou d'une ville. À l'origine, les "védutistes" s'installaient
sur les hauteurs d'une colline ou d'une montagne afin d'y relever le paysage.
Bien que Manuel Bujold ne peigne pas sur le motif, il construit ses compositions à partir
d'un point de vue relativement élevé soulignant ainsi l'effet
de profondeur et donnant toute son ampleur à la perspective aérienne.
Italo Calvino en conclusion de ''Les villes invisibles'' (Éditions du
Seuil, 1996) écrit à propos de '' l'enfer que nous habitons''
:
"
Il y a deux façons de ne pas souffrir. La première réussit
aisément à la plupart : accepter l'enfer, en devenir une part
au point de ne plus la voir. La seconde est risquée et elle demande
une attention et un apprentissage continuels : chercher et savoir reconnaître
qui et quoi, au milieu de l'enfer, n'est pas l'enfer, et le faire durer, et
lui faire de la place."
Manuel Bujold ouvre des fenêtres sur la ville et l'espace
public et invite le spectateur à voir autrement l'environnement
urbain dans lequel il vit, cet enfer dont parle Calvino. L'artiste
propose, à travers ses vues tirées du haut des toits
et ses photographies urbaines, des dialogues entre la ville, les
espaces vides et l'abus de la publicité dans notre environnement.
Valérie Lachance, 2007 (critique d'art, Montréal)
* de l'italien veduta, qui signifie vue. Au XVIIIe
vénitien,
vues imaginaires de ruines antiques, inspirées des capricci
romains.
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