« A Postcard from the Volcano » réunit
quatre artistes d’Amérique du Nord et d’Europe
de l’Ouest : Donovan Barrow, Gil Heitor Cortesão,
Knut Eckstein et David McBride. Prenant pour point de départ
l’architecture, ils explorent par des voies diverses les thèmes
de la dégradation urbaine, de la ruine, de l’absence,
de la fragilité et de l’impermanence.
S’ils emploient des techniques et des matériaux variés, ils
abordent tous leur sujet architectural sur un mode élégamment destructeur,
aux accents gentiment désabusés. Comme dans le poème de
Wallace Stevens auquel cette exposition emprunte son titre, il y règne
une espèce de calme mélancolique qui, sans désamorcer vraiment
les effets morbides potentiels, les enrobe, leur fait subir une manière
de sublimation.
Par-delà les parentés de thèmes, ces œuvres ont en
commun une facture soignée témoignant d’une égale
exigence. Dans la pratique de chacun de ces artistes, le métier se retrouve
en symbiose quasi parfaite avec le sujet traité. Donovan Barrow peint à l’aérographe
des tableaux figurant des maquettes en carton trafiquées qui recréent
des habitations modernistes comme la maison Farnsworth de Mies van der Rohe ou
la villa Savoye de Le Corbusier. Knut Eckstein utilise carton, néons,
ruban adhésif et autres fournitures de bricolage pour confectionner, d’après
des architectures existantes lui aussi, des sculptures conçues comme d’improbables
modèles réduits, défigurés et trop grands. Gil Heitor
Cortesão et de David McBride s’inspirent tous deux de documents
photographiques pour réaliser, par des méthodes très différentes
mais tout aussi anonymes, des peintures qui n’ont rien de comparable entre
elles. David McBride applique toute une série de couleurs sur du bois, à l’aide
de pochoirs, jusqu’à obtenir une surface brillante presque noire
où affleurent des zones de pénombre chatoyantes. Gil Heitor Cortesão
peint sur du plexiglas, en procédant en sens inverse, faisant disparaître
en partie les traces de coups de pinceau sans renier l’atmosphère
alanguie engendrée par la touche lâche.
La convergence de ces œuvres, révélatrice d’une tendance
au désenchantement, semble moins établir un constat catégorique
qu’elle ne contribue à soulever une série d’interrogations.
Par exemple, les ruines se sont-elles intégrées dans notre paysage
(géographique, mental et même inconscient) au point de justifier
une espèce de fétichisation ordinaire ? Ces œuvres évoquent-elles
une fétichisation des ruines en général ou du modernisme
et ses emblèmes architecturaux ? D’où vient cette fétichisation
paisible ? Les œuvres de l’exposition pourraient aussi bien renvoyer à des
débats plus brûlants comme la catastrophe écologique, mais,
là encore, avec un certain détachement. Cette tranquillité ou
absence d’insistance est-elle symptomatique d’un froid renoncement à tout
espoir ? Ou est-ce plutôt le signe d’un ressaisissement général
(à l’inverse de l’effondrement) ? Autant de questions,
parmi d’autres, que fait surgir le regroupement de ces quatre artistes,
avec toutes les nuances singulières de leurs visions personnelles et des
moyens employés pour nous les présenter.
(traduit de l’anglais par Jeanne Bouniort)
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