Iain
Baxter, Hervé Beurel, Robin Collyer, Larry Deyab, John Duncan,
John Miller, Alain Roux, Paola Salerno, Seton Smith, Stephen Shore,
Beat Streuli
À
Ploufragan comme ailleurs, les images du monde parviennent jusqu’à nous
par le truchement ordinaire d’écrans télévisuels,
cinématographiques ou par la presse. Le monde nous est offert
presque à portée de main, avec les paysages qui le
composent, les humains qui y vivent, toutes ses habituelles interdépendances.
Mais ici, les
images présentées en sont l’interprétation,
considérée par onze artistes de la collection du Frac
Bretagne, concernés, chacun selon leur environnement, par
la marche du monde, ses modifications, son fracas ou ses pulsations.
S’emparant
de l’écran comme sujet de son œuvre, John Miller
nous alerte sur le pouvoir phagocytaire des jeux télévisés
et de leurs stéréotypes. Alain Roux, comme s’il
extrayait d’un film les Beat Streuli le métissage
est porteur d’espoir, l’adolescence est aussi une difficile
présence au monde. Tout comme pour les déracinés
calabrais de Paola Salerno dont l’impossible retour est signifié par
des constructions inachevées, presque hostiles. L’instabilité internationale
préoccupe Larry Deyab au point d’inscrire les conflits
armés au cœur de son travail, faisant sur ses toiles état
de blessures autant que de résistance. Stephen Shore enregistre,
quant à lui, le paysage banal de tout un chacun comme si
les grandes étendues américaines n’existaient
plus ou étaient sur le point de disparaître. D’ailleurs,
Iain Baxter sélectionne dans l’immensité de
la nature les interventions humaines, signes des conditions de
vie moderne. En Irlande, John Duncan photographie les failles de
ce qui fut un territoire de conflits, les points de vue dédaignés,
pour les réhabiliter en œuvres abstraites. C’est
aussi la démarche d’Hervé Beurel qui repère
dans les villes les ornements de certaines façades pour
en faire, non plus des motifs décoratifs, mais le motif
même de la peinture. Avec Home Box office, trois blocs d’acier
tels trois immeubles, Robin Collyer énonce des questionnements
sur l’habitacle et le contenant, la relation entre extérieur
et intérieur dans l’urbanisme moderne. L’architecture,
si porteuse d’avenir soit-elle, n’exclut pas le souvenir.
Lake Tower S de Seton Smith, grâce à une trouée
entre deux tours, permet de rêver à un monde plus
calme, toujours vaste, dont les images ne nous seraient plus données
comme constat mais bien comme puissance créatrice.
(D-R.G)
|