Sabine Hornig, Daniel Malhão, Jean-Luc
Moulène, Manuela Marques, Paul Pouvreau, Evariste Richer
La photographie, comme les miroirs et les échos, dédouble
le réel en le répétant pendant une certaine
durée. Ce qui les différencie, c’est l’enregistrement
de cette répétition sous forme d’image et la
manipulation du désir qui y est inhérente. Vivant dans
un monde d’images, nous avons accepté de renoncer au
volume, à la gravité, à la dimension, au mouvement,
au temps, au profit d’une image photographique. Nous troquons
la possibilité d’interagir contre la contemplation.
L’écrivain argentin A. Bioy Casarès pousse ce
troc diabolique à son paroxysme en créant un mythe
de Pygmalion inversé dans lequel un homme, par amour compulsif,
devient image à l'aide de L'invention de Morel. L'espace du
CPIF deviendrait cette île : le lieu où la possibilité d’enregistrer
et de projeter des images est présentée non seulement
sous le signe du dédoublement, mais aussi de l’inversion
et du désir pulsionnel d’une fiction.
En effet, l'image enregistrée inverse notre rapport au monde,
comme si l’alphabet hallucinatoire des sensations se matérialisait
et anticipait sa formation. C'est justement ainsi que se produit
un va et vient entre les individus, les corps, les choses, par des
glissements dans d’autres dimensions (comme celle du langage,
de la physique, du cinéma, de l’architecture, voire
même de celle où le spectateur se trouve, l’espace
de la perception de l’œuvre). Reprises, inversions temporelles,
mises en situation du corps du spectateur ou virtualisation de son
propre devenir-image, sont à l’œuvre aussi bien
dans les travaux photographiques et sculpturaux présentés.
Dans l’optique de ce dédoublement de la sphère
de l’expérience en son image, il y aura un deuxième
volet. Certaines œuvres changeront suivant l’évolution
de la vie sur l’île de Morel.
Commissariat de Joana Neves, en collaboration avec Nathalie Giraudeau
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