BRICE DELLSPERGER
Body Double 21
2005, Digital Betacam, 20 min.11 sec
Dans les scènes de la série Body Double, Brice Dellsperger
concentre, augmente, et détourne le cinéma commercial
dans des vidéos n'ayant plus grand chose à voir avec
le remake. Pour son exposition à la galerie Air de Paris,
il présentera "Body Double 21" d'après "The
Rules of attraction" de Roger Avary (2002). Du film adapté de
Bret Easton Ellis, il ne retient ici qu'un suicide. Ce moment de
disparition d'une inconnue dans le film devient disparition ultime
de l'image. Dellsperger, en spécialiste du travestissement,
fait rejouer la scène tant par des femmes que par des hommes,
rendant incertaines les frontières du genre. Reprise en
boucle par les onze interprètes déjà représenté(e)s
dans les précédents Body Double, cette scène
devient un moment d'abandon qui transfigure l'expérience
du film : une prise en otage dans un piège narratif ou l'incarnation
de l'idée du manque. Si le geste est toujours le même,
les doublures se succèdent, renforçant son caractère
morbide et fascinant. V/VM, artiste britannique dont la démarche
pourrait être rapprochée de celle de Dellsperger dans
le domaine musical, signe la bande originale dans une version maladive
du tube de Nilsson "Without You".
Infos: http://www.bodydoublex.com V/VM : http://www.brainwashed.com/vvm/
ANN VERONICA JANSSENS
Avril
Sculptures en suspension
Les nouvelles sculptures
lumineuses d'Ann Veronica Janssens, "Bluette" (2006)
et "Stella" (2006), se présentent comme autant
de formes abstraites à la limite de la matérialisation.
Un léger brouillard rend perceptibles les faisceaux et propose
une expérience sensible de l'espace. Les tonalités
des couleurs varient en fonction des mouvements de l'air et des
points de vue du spectateur, offrant une profondeur de champ insoupçonnée.
Contrairement à la dernière installation présentée à la
biennale de Lyon, où le visiteur était tout entier
absorbé dans la couleur, les sculptures d'Ann Veronica Janssens
prennent ici la forme d'étoiles qui se détachent
clairement du reste de l'espace. L'effet spectaculaire est ici
contrebalancé par une approche minimale des formes, et l'accent
porté sur l'évaporation plutôt que sur la durée
et la monumentalité. La troisième sculpture, également
en suspension, s'intitule "Aquarium" (1992). Elle est
constituée d'une petite quantité d’huile de
silicone versée dans un mélange d’eau et d’alcool,
formant une sphère par effet de tension. Le spectateur est
invité à expérimenter un nouveau rapport à l'espace
en regardant à travers cette nouvelle lentille.