(...)
Hayat, détournant
ses images du fonds culturel planétaire qui s'appelle
Internet, et les retravaillant de manière très
complexe et subtile, poursuit dans la violence et l'humour, et
aussi, de par la forme, dans la dérision. Ses images,
il les veut floues avant même que leurs reflets sur le
mur n'en brouillent encore la définition. L'œil,
frustré, est décontenancé. Au sens propre
: le contenu échappe. On est coupé du contenu,
et maintenu dans l'arbitraire du signifiant. Et alors quelle
aventure : tout un chemin de l'image classique avec ce qu'elle
a de bouclé dans ses significations, vers l'énigme
de l'actuel.(...)
Ces
femmes phosphorescentes nous bouleversent d'autant plus par leur
perfection de poupées que l'actualité nous livre
un miracle, celui de l'accession à la responsabilité de
quelques femmes. Qui ne sont pas des poupées, étant
dans le réel du corps, ni beau ni laid, ce n'est plus la
question, on est dans le possible, non dans l'impossible, il y
a rupture dans le fantasme. Cette série d'Yves Hayat vient à point.
Les femmes ne posent plus pour les hommes, elles se posent en tant
qu'un savoir sur la conduite du monde. Verticalisées, certaines
annoncent leur volonté de réduire le désastre.
(...)
Entre paradis
et destruction, les plexiglas-écrans d' Hayat
projettent l'ambivalence humaine, l'archaïsme double des saveurs édéniques
de la fusion avec une toute-puissance rêvée (une jouissance
ressentie comme parfaite), et du rejet de l'autre, pour exister.
Le plexiglas, matière minimale, concrétion de lumière
pour laisser filtrer de l'image pure, presque un hologramme, insaisissable
entre les doigts, sable filant dans la main, joue de tous ses reflets
sur le mur, et où la réflexion peut, enfin, admettre
qu'elle est "au pied du mur". (….) C'est à l'action,
semble-t-il, qu'invite cette œuvre, au-delà du regard
neuf. Cela passe par l'exil de soi.
France Delville Janvier 2006
(texte intégral
sur www.hayat-art.com)