Dove Allouche, Evariste Richer, Darren Almond,
Dominique Auerbacher, Jean-Jacques Dumont, Joachim Koester, Julien
Loustau, Bertrand Lozay, Lucy Orta / Jorge Orta, David Renaud, Guido
van der Werve, Marijke van Warmerdam
Groenland, Spitzberg, Sibérie, Antarctique… Autant de noms qui évoquent
le froid, la glace et les explorateurs en perdition. Jean-Baptiste Charcot qui
parcourut les mers des deux pôles fut d'ailleurs victime d'une pathologie
que sa formation de médecin avait quelques difficultés à diagnostiquer
: « d'où vient, disait-il, l'étrange attirance de ces régions
polaires, si puissantes, si tenaces, qu'après être revenu on oublie
les fatigues morales et physiques, pour ne songer qu'à retourner vers
elles ? »
Terres de liberté fantasmée où les fantaisies
humaines n’ont plus de limites, zones arides où l’homme
ne peut que survivre, espaces « vierges » symboles des
ravages causés par l’être humain à notre
planète… Les Pôles sont devenus au fil des témoignages,
récits, cartes et documentaires qui ont émaillé leur
découverte et leur exploration un objet paradoxal dont la « réalité » se
nourrit tout autant de l’imaginaire collectif que des données
scientifiques, géographiques et ethnologiques. Mais les régions
polaires sont aussi une maladie incurable et une drogue aux pouvoirs
hypnotiques, un espace hostile où l’homme est confronté à son
moi profond, à sa magnificence et à sa petitesse.
Dans notre société où chaque chose et chacun
est à sa place où le temps, la lumière et l’espace
sont devenus des denrées chiffrées et monnayables,
l’horizon sans fin des pôles fascine et s’offre
comme un ultime refuge pour les belles utopies, pour les « valeurs » de
nos pères à jamais disparues. Ces espaces sont aussi
parmi les derniers où effort humain et dépassement
de soi prennent tout leur sens, où l’élan primitif
qui sommeille au plus profond de chacun de nous vient bousculer l’assurance
de notre confort et de nos habitudes.
Ces motivations antagonistes - où romantisme et pensée écologique
ne sont pas en reste - ont certainement quelque chose à voir
avec l'engouement actuel des artistes pour ces territoires en voie
de disparition. Désarroi profond face à un monde en
mutation ou désir d'exotisme aventureux sont les deux alternatives
(parfois antagonistes, parfois complémentaires) entre lesquelles
oscillent les œuvres présentées dans cette exposition.
Qu’elles prennent la forme du journal intime, du livre de bord
ou du documentaire, qu’elles proposent une exploration physique,
symbolique ou une expérimentation scientifique, elles tissent
un réseau d’images, de sons et de mots où voyage
initiatique et utopies sociales se rejoignent, où l’être
redevient humain.
La conception
de cette exposition s’est nourrie de nombreuses
lectures : romans, essais, carnets d’exploration. Son titre
se veut aussi un hommage aux belles réflexions d’Emmanuel
Hussenet et Michel Onfray sur ces très hautes latitudes.
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