Les phénomènes de malentendus, altérations,
hiatus, confusions et autres contresens dans notre société de
communication, vus à travers le spectre d'une quarantaine
d'artistes contemporains de diverses générations et
nationalités. Les œuvres présentées marquent,
chacune à leur manière, un point d’incompréhension
entre l’homme et l’homme, l’homme et la machine
ou entre la machine et la machine. Toute erreur peut aussi produire
du sens, ou à défaut, une œuvre d’art.
Commissaire : Eric Mangion
Commissaires associés : Dean Inkster et Sébatien Pluot
Malentendu, altération, incompréhension, aporie, confusion
ou contresens, sont autant de dysfonctionnements ou d’anomalies – discrets
ou manifestes – qui modifient en permanence le cours et la
teneur de nos échanges. Pourtant, depuis le mythe babylonien
d’une langue unique et universelle, jusqu’aux théories
des correspondances, et plus récemment l’idéologie
positiviste d’une traduction sans perte aidée par l’informatique,
la quête d’une communication transparente traverse chaque époque.
Quatre ans après l’exposition "Transmission",
le Centre national d’art contemporain de la Villa Arson revient
sur le rapport entre art et communication avec une exposition intitulée
DOUBLE BIND / ARRÊTEZ D’ESSAYER DE ME COMPRENDRE !. Il
s’agit cette fois d’interroger la complexité des
langages qui fait de la communication une entreprise singulière
toujours renouvelée par les interprétations et les
traductions.
L’expression Double Bind se réfère ici à la « double
contrainte » que toute traduction, selon le philosophe Jacques
Derrida, impose comme impératif : la nécessité et
l’impossibilité sont contenues dans tout énoncé linguistique,
de la transposition d’une langue à une autre. Si un énoncé fait
nécessairement appel à la reconnaissance, la compréhension,
et l’interprétation (sa traductibilité), il demande également
que l’on respecte ce qui en lui échappe à la
traduction, la part intraduisible qu’il recèle et qui
constitue son caractère propre ou unique, son idiome. L’injonction « Arrêtez
d’essayer de me comprendre ! » se réfère
au psychanalyste Jacques Lacan et à la réponse qu’il
aurait faite à l’un de ses auditeurs trop soucieux de
vouloir saisir le sens de chacun de ses propos. Il s’agit,
en l’occurrence, d’un exemple classique du « double
bind » tel que l’a théorisé l’anthropologue
Gregory Bateson dans les années 1950 : le destinataire d’une
telle injonction ne pouvant y répondre sans y déroger,
est placé dans une situation de dilemme et d’incertitude.
Les oeuvres présentées dans l’exposition révèlent
diverses stratégies de transposition qui prennent en compte
les effets d’altération et de distorsion qui surviennent
dans la construction et le partage du sens : que ce soit dans le
discours, dans le passage d’une langue à une autre,
d’un médium ou d’un outil technologique à un
autre, ou bien encore, à travers diverses formes de codifications.
L’exposition témoigne ainsi d’une conception de
l’art opposée à l’idéale d’immédiateté et
de transparence de la pensée, chaque oeuvre affirmant à sa
manière la discordance entre signe et référent,
signification et sens, comme un élément inhérent
au langage. La traduction est donc ici à comprendre au sens
large, comme ce qui désigne non pas un simple outil de transmission
inter-linguistique, mais un processus formel, voire un moyen créatif,
dans la conception et l’interprétation de l’oeuvre.
Artistes présentés :
A Constructed World, Boris Achour, Bas Jan Ader, Jérôme
Allavena, Art & Language, Renaud Auguste-Dormeuil, Gilles Barbier,
Robert Barry, Erick Beltrán, Stéphane Bérard,
Christophe Berdaguer & Marie Péjus, Dominique Blais, Mel
Bochner, Julien Bouillon, Pascal Broccolichi, Marcel Broodthaers,
Cercle Ramo Nash, Marc Chevalier, Ma Chong, Gérard Collin-Thiébaut,
François Curlet & Michel François, Anthony Duchêne,
Jean Dupuy, Eric Duyckaerts, Omer Fast, Robert Filliou, Francesco
Finizio, Henry Flynt, Ryan Gander, Jean-Baptiste Ganne, Dora Garcia,
Mark Geffriaud, Alexandre Gérard, Claire Glorieux, Dan Graham,
Joseph Grigely, Brion Gysin & Ian Sommerville, Raymond Hains,
Temo Javakhi, David Jourdan, Ben Kinmont, Nicholas Knight, Silvia
Kolbowski, Jirí Kovanda, Christine Kozlov, Joris Lacoste,
Thierry Lagalla, Alvin Lucier, Christian Marclay, Aurélien
Mole,
Robert Morris, Bruce Nauman, Rivane Neuenschwander, Dennis Oppenheim,
Philippe Parreno, Gaël Peltier, Alexandre Perigot, Antoine Poncet,
Will Potter, Noël Ravaud, Bettina Samson, Mathieu Schmitt, Yann
Sérandour, Richard Serra, Pierre Thoretton, Lawrence Weiner,
Cerith Wyn Evans, Raphaël Zarka
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