Présentation
Le
musée des Beaux-Arts de Caen est l'un des musées français
les plus prestigieux pour ses collections de peinture italienne, française,
flamande et hollandaise des XVIème et XVIIème siècles (Le
Pérugin, Cosimo Tura, Véronèse, Le Tintoret, Le Guerchin,
Giordano, Poussin, Phillippe de Champaigne, Rubens...).
Le XVIIIème siècle y est représenté à travers
des portraitistes et paysagistes français et italiens (Rigaud, Tournières,
Boucher, Lancret, Tiepolo...) tandis que le XIXème siècle se dévoile
autour des peintres romantiques tels Géricault, Chassériau, Courbet,
Isabey ou encore Corot et les paysagistes de Barbizon. La Normandie comme lieu
d'inspiration est également présente grâce à Monet,
Boudin, Lebourg puis, au delà de l'impressionnisme, à travers Vuillard,
Bonnard, Villon, Dufy...
Le XXème siècle se distingue par un bel ensemble cubistes français
(Gleizes, Villon, Metzinger) et, pour la période contemporaine, par la
présence de Joan Mitchell, Viera da Silva, Tobey, Soulages, Rebeyrolle,
Monique Frydman, Zoran Music, Olivier Debré, Jean-Pierre Pincemin... autour
des grands thèmes que sont l'allégorie, la monumentalité,
l'espace et la lumière.
Aux côtés des collections de peintures, le cabinet des estampes renferme
l'exceptionnel fonds Mancel, qui regroupe plus de 50 000 gravures de Callot, Dürer,
Rembrandt, Piranèse...

1994
- Le nouveau musée
Histoire
et philosophie, conception générale et nouvelle muséographie
L'avenir
de notre musée se définit par les réalités qu'il doit
affronter. Dans le monde d'aujourd'hui, il se construit partout des édifices
destinés à recueillir sous forme d'échantillons l'ensemble
des productions humaines passées et présentes. Le problème
auquel les musées se heurtent est celui de la sélection, de la constitution
de séries homogènes, de l'établissement d'une documentation
appropriée, appelés "conservation du patrimoine et mise en
mémoire de la culture" d'une société. On oublie souvent
qu'un musée des Beaux-Arts, même s'il a comme objectif ces deux principes,
affronte d'autres réalités que celles de la sélection et
de la reconstitution des séries. En effet, seuls les très grands
musées européens peuvent prétendre donner une image complète
d'une culture. Les autres, parce qu'ils sont le produit du hasard des saisies,
des dons, des legs ou des acquisitions, parce qu'ils sont souvent nés de
l'arbitraire et de la violence, sont contraints à réinventer l'histoire
par fragments, à proposer des hypothèses plutôt que d'affirmer
des certitudes.
Leur vocation est à la fois pédagogique - confronter des époques
et des thèmes, comparer des affinités stylistiques -, et spectaculaire
- mettre en valeur un chef d'oeuvre isolé, un tableau anonyme de belle
facture. C'est en organisant des expositions qu'un musée des Beaux-Arts
peut véritablement mettre en pratique la recherche historique grâce
à l'idée conductrice, monographique ou thématique. Lorsqu'ils
écrivent sur l'art, les historiens reconstituent des ensembles, des courants,
des collections, des écoles, mais un musée des Beaux-Arts n'en présente
que des lambeaux. Il lui faut donc faire appel à d'autres concepts que
ceux de la série et de la cohérence. C'est pourquoi aujourd'hui
la muséeographie joue un si grand rôle; elle reconstruit une harmonie
à partir d'objets ou de tableaux détachés de leur contexte
fragmentaire et disparate, elle contribue à restituer une partie de l'effet
magique et sacré qui habitait les oeuvres lorsqu'elles étaient encore
dans leur cadre d'origine. Dans la société moderne et industrielle,
les musées des Beaux-Arts ne conservent pas seulement le patrimoine artistique;
ce sont des temples qui répondent au besoin et au désir du sacré
manifestés par le public, et auxquels sont associés la recherche,
la rencontre, le plaisir de la connaissance et de la découverte.
Rares sont les collections qui permettent de longs développements linéaires.
Celles de notre musée n'échappent pas à ce constat même
si elles apparaissent d'une étonnante richesse et recèlent plusieurs
chefs-d'oeuvre de la peinture mondiale. Pour pallier les inévitables discontinuités,
la muséographie joue un rôle essentiel : lorsqu'elle ne peut reconstituer
des unités, elle confronte, met en perspective, fabrique un théâtre
à la fois discret et impressionnant, qui, loin de se laisser envahir par
le décor, fait parler les tableaux comme autant d'acteurs destinés
inévitablement à se rencontrer et à dialoguer.
C'est là toute la vocation du travail historique qui, à côté
de la reconstruction par fragments d'un style ou d'une école, doit savoir
s'adjoindre les outils de l'invention : confrontations, hypothèses, contrepoints.
Autant d'impératifs qui ont guidé la réflexion sur la réorganisation
des salles du musée, articulée autour de trois types d'espace :
la salle monumentale, le cabinet, la galerie, saisis dans un enchaînement
fluide et labyrinthique qui aide le visiteur à se fabriquer un chemin à
la fois rationnel et onirique. A la recomposition des espaces internes du musée
existant, premier volet du programme architectural de réhabilitation du
musée, s'ajoute la création d'une aile nouvelle imaginée
par l'architecte Philippe-Charles Dubois, faite de grandes masses pures et profilées
qui s'inscrivent dans le site du château pour laisser percevoir le mouvement
de la muraille. L'histoire nous a légué l'image d'un musée
vécu comme un temple. Il importe de compléter cette fonction essentielle,
qui permet le retrait et la méditation, par l'imagination d'une architecture
plurielle où les divers centres d'intérêt se répondent
en écho sans se heurter, favorisant ainsi l'urbanité d'une cité.
Les aménagements du musée répondent à trois objectifs.
Le premier est d'inventer les liens organiques que requiert le dialogue entre
le site médiéval et la dynamique d'une architecture contemporaine,
saisi dans l'exigence commune d'une horizontalité monumentale. Le second
est de disposer d'équipements nécessaires au déploiement
des collections et à l'intégration du musée dans la cité
: une salle de 200m² pour la présentation des estampes de la collection
Mancel; une salle de 400m² consacrée à la présentation
permanente des collections modernes et contemporaines; une salle d'exposition
temporaire de 550m²; une salle de conférences de 230 places dotée
d'outils techniques actualisés; une bibliothèque publique d'histoire
de l'art de 20.000 volumes associée à un service de documenbtation
qui, en relation étroite avec le cabinet de gravures, forme cet espace
de savoir cher à la pensée du XVIIIème siècle: l'union
du livre et de l'estampe; un "Café Mancel" dont l'emplacement
dans le site du château favorise une vraie convivialité et assure
des prestations simples, inspirées par la Normandie et les pays d'élection
tels que l'Italie et les Flandres, marqués par une grande exigence gastronomique.
Le troisième est de restructurer le programme muséographique des
collections grâce à la nouvelle architecture des espaces intérieurs
où monumentalité et lumière sont à l'honneur et qui,
fait unique dans les musées de création récente, enchaînent
les salles monumentales, les cabinets et les galeries; la muséographie
reste modulable afin d'accueillir toutes les formes d'enrichissement de notre
patrimoine. Cette restructuration offre 40% de surface d'accrochage supplémentaire
et la revalorisation du bâtiment s'attache à rationaliser les infrastructures
techniques : sécurité et climatisation. Les espaces dévolus
aux divers ateliers d'entretien, création d'une réserve pour les
objets d'art et agrandissement des réserves de peintures. Dans le cadre
d'une informatisation et d'une modernisation des équipements, les services
de la conservation, de l'administration et de la documentation sont installés
dans des locaux plus spacieux qui préservent l'identité de chaque
fonction.
A.T.