Présentation
Le
Musée des Beaux-Arts de Bordeaux a été créé
officiellement par l'arrêté consulaire du 31 août 1801, à
la suite du rapport de Chaptal qui proposait la répartition des uvres
du Museum Central dans quinze grandes villes de province. Il doit aussi sa naissance
à la vocation d'un peintre et à sa ténacité : Pierre
Lacour (1745-1814) qui en fût le fondateur et son premier conservateur.
Il doit enfin son développement à son fils Pierre Lacour fils qui
en sera le deuxième conservateur de 1814 à 1859. À l'inverse
d'autres villes, le Musée de Bordeaux n'a pas bénéficié,
à son origine, des uvres provenant de saisies révolutionnaires
locales et ce malgré l'importance de certaines collections privées
bordelaises avant la Révolution.
Ainsi,
lorsqu'il fut répondu à l'enquête de Chaptal en 1801, le Musée
ne comportait que les quelques uvres anciennes de l'Académie Royale
de Peinture sauvées par Pierre Lacour, qui se trouvent encore aujourd'hui
dans les collections, comme La crucifixion attribuée alors à Francken
ou le morceau de réception envoyé de Rome en 1774 par son condisciple
Taillasson : Le tombeau d'Elisée. Le premier envoi de l'État fut
reçu à Bordeaux en avril 1803. Il comportait théoriquement
quarante-cinq numéros. Le sénateur bordelais Bernard Journu-Auber
participa à la commission d'attribution. En réalité, seulement
vingt-neuf tableaux nettoyés et restaurés parvinrent à Bordeaux
parmi lesquelles des uvres majeures : Saint Bernard du Guerchin, Le portrait
de Marie de Médicis de Van Dyck, Le martyre de saint Georges de Rubens
provenant de l'église Saint- Gommaire à Lierre, Titien, Bassano,
le Perugin prélevé dans l'église Sant' Agostino de Pérouse,
Coypel, Mignard, Véronèse et Otto Venius. Le rôle du préfet
Charles Delacroix, le père d'Eugène, fut déterminant dans
l'acheminement du second envoi de quinze tableaux dans lequel fut compris Le grand
Christ en croix de Jordaens, chef d'uvre déposé aujourd'hui
à la cathédrale Saint-André. Dans ce second envoi, figuraient
L'adoration des bergers de Crayer, Le songe de saint Joseph de Philippe de Champaigne
qui provenait du carmel du Faubourg Saint-Jacques à Paris, La chasse aux
lions de Rubens, ces trois tableaux ont été complètement
détruits dans l'incendie de 1870. En outre, entraient dans le fonds bordelais
La présentation au temple de Restout prélevé à la
Révolution dans la chapelle du séminaire de Saint-Sulpice à
Paris, pour laquelle il avait été commandé à l'artiste
en 1735 et La Vierge à l'Enfant de Pierre de Cortone qui avait appartenu
à Louis XV. Le secrétaire général du Louvre réclama
d'ailleurs en vain ce dernier tableau en 1816. En 1805, la collection bordelaise
s'était ainsi enrichie de quarante-quatre tableaux envoyés par l'État.